La police de l’humour…
Hier matin, un collègue du Journal de Montréal, le caricaturiste Marc Beaudet, sort son œuvre quotidienne: un avion F-35 du gouvernement Harper fonçant, tête première, dans la tour de Radio-Canada.
Cinglant. Dérangeant. Hilarant.
Pin-pon, pin-pon, piiiiin-pooooon.
La police de l’humour lui rentre dedans sur Twitter.
Au Québec, c’est comme ça. On doit décider de ce qui est drôle. Ce n’est pas à l’auditeur, au téléspectateur, au public d’en juger. Ça doit se faire collectivement. Devant un jury d’épais composé de ceux qui remettent les meurtriers d’enfants en liberté. (Ben non pas ici…)
Chaque blague devient une affaire d’État. Le plus drôle, c’est que ceux qui plantent parfois les médias tradititionnels pour leur manque d’ouverture sont les premiers à tirer à bout portant sur les créateurs.
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Que ce soit quand Mike Ward y va de son excellent mauvais goût, quand un Jean-François Mercier y va d’une tirade bien dérangeante, même que… Vos deux humbles serviteurs y ont goûté plus souvent qu’à leur tour…
Tant pis, on s’essuie et on recommence! On te rentre dedans comme si t’étais le pire des trous de cul et c’est oublié une semaine après. Si c’est oublié une semaine après, pourquoi en parler, vous vous dites…
Parce que.
Parce que… Pour être honnête, c’est un climat malsain. Très malsain. Après, certains se plaignent que l’humour manque de mordant, surtout à la télévision et à la radio. Bien entendu, certains diffuseurs sont craintifs des coups de gueule de l’opinion publique (pas tous, heureusement), ce qui fait qu’ils entourent d’avocats les humoristes dans le but d’éviter toute controverse. Et à force de vouloir blanchir un humour un peu plus sale, on le rend drabe. Parfois même insignifiant et absolument pas drôle. Là encore, on cherche les coupables!
Hum-hum… (Toussotement gêné.)
C’est parce qu’il faudrait se décider, tsé.
Sans vouloir sortir les morts de leur repos, Serge Grenier, le cynique par excellence, de même que ses acolytes, y ont goûté, aux opinions des grenouilles de bénitier à leur époque. L’Église catholique n’a jamais eu le sens de l’humour.
Et elle ne l’a toujours pas. Disons que l’Église se fait plus discrète, ses pressions plus subtiles qu’avant. Par contre, d’autres empêcheurs d’étincelles ont tôt fait de la remplacer comme «gardiens du bon Québec sans vague».
Bêêêêêêêê!
Si l’humour est sacré, que la police de l’humour se calme : christ, une joke… c’est une joke! La véritable indécence… la vulgarité crasse… se retrouve dans les discours de Jean Charest et Stephen Harper.
En attendant, on lève bien haut nos verres à Marc et… à Serge.
Vous viendrez nous porter des oranges à Guantanamo.
Nice. Ça va matcher avec nos suits.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.