Anjou reçoit un américain controversé
Et le Canada? Il faudrait voir. C’est ce qu’a déclaré Christopher West, le 25 janvier à Anjou, au centre de congrès Renaissance, lors de sa fameuse conférence COR. Invité par les Missions jeunesse du diocèse de Montréal, il présentait devant un auditoire de 200 personnes, principalement des jeunes adultes. Monseigneur Lépine, évêque de Montréal, y était. Un ton pour le moins inédit pour l’Église catholique de Montréal. Nouveau contenant marketing pour la nouvelle évangélisation 2014? Et que contient ce contenant?
Depuis 1997, cet américain, auteur et vulgarisateur de la théologie du corps de Jean-Paul II, parcourt la planète et multiplie les conférences. Son message clé : You desire more than fast food; only God will feel your heart . Le terme fastfood englobe ici tout ce que nous utilisons, de façon plus ou moins compulsive, pour combler nos désirs rapidement : sexe, nourriture, argent, ambition, etc.
Mentionnant au passage combien les publicités nous rappellent de façon non moins compulsive : Take it, you really need it!
Citant aussi bien Beyonce, Bono que sainte Thérèse d’Avila ou Saint Augustin, cet animateur dynamique et accessible pourrait (et pourquoi pas!) partir une nouvelle mode, celle des new catholics preachers. Que l’on aime ou non, c’est pour le moins divertissant!
Pourtant, à l’instar de notre visite chez Mcdo, nous sommes tenté de se demander ce que contient vraiment ce nouveau hamburger 100% pur bœuf. Et nous avons bien raison, car Christopher West a été l’objet, au cours des dernières années, de vives polémiques au sein de l’Église catholique. On lui reproche, entre autres, d’avoir fait de la théologie du corps une théologie du sexe.
« Nous pouvons alors dépasser la pruderie et reconnaitre avec joie la passion érotique des amants du Cantique des Cantiques comme une image des noces du divin et de l’humain qui nous attendent au ciel. (West, FTH, P164). »
Voilà un retour euphorique du balancier. Hier, le corps était l’antre du péché. Aujourd’hui, le corps est le moyen privilégié pour atteindre une mystique de la sexualité. Ces concepts peuvent sembler in, ils ne sont pourtant pas nouveaux. Les grecs de l’Antiquité avaient déjà en leur temps une mystique de la sexualité, avec des rites sacrificiels très élaborés.
L’Église a toujours enseigné la nuance existant entre l’Éros et la charité fraternelle. La communion des saints, en Dieu, n’est pas une passion érotique. Confondre ces concepts peut devenir pour le moins confondant. Lorsque nous sommes rendus à définir l’acte sexuel comme un acte liturgique, et en plus, à le mettre sur le même pied d’égalité que le sacrement de l’eucharistie, c’est qu’il y a eu dérive. Et le naufrage n’est pas loin.
Nous sommes tous d’accord : la nouvelle évangélisation demandera créativité, dynamisme, utilisation de nouvelles plateformes, de nouveaux réseaux…mais que le contenant soit jaune fluo ou vert tendance, ce que les nouvelles générations, instruites et perspicaces, demandent, c’est du contenu. Un contenu logique. Un contenu concret. Un contenu vrai…Il ne suffira pas de mettre une étiquette BIO sur le prochain trio frites et coke compris.
Valérie Dionne
Montréalaise