Laisser passer le passé
Bâtard! À chaque année! À chaque maudite année, je me fais avoir. J’ai beau jurer que c’est la dernière fois, signer un pacte avec mon estomac, y a rien à faire. À chaque année, j’aboutis dans une cabane à sucre.
C’était à Drummondville, dans le village d’antan. Avec des vieilles maisons style Filles de Caleb. Désolé mesdames, j’ai pas vu Ovila en train de gosser du bois. Pendant le dîner, il y avait deux demoiselles et un monsieur qui jouaient de la zizic d’époque. Je fais le chialeux, mais j’aime ça. J’aime les voyages dans le temps.
J’ai déjà eu un fantasme de temps une fois. Une journée que ça n’allait pas trop, j’aurais voulu avoir un vieux char, un Ford Gran Torino 72. Partir sur un no-where en écoutant de la bonne musique de l’époque, Doors, Floyd, Hendrix, Who. Dans le fond, je voulais juste pas être ici, maintenant. La folie m’a passé, mais le trip va se faire quand même un jour. J’ai déjà mon coat de cuir, puis un sac plein de gommes Bazooka.
Y en a qui aiment VRAIMENT vivre dans une autre époque. Le restaurant médiéval L’auberge du Dragon rouge à Montréal les accueille tous les jours. J’y suis allé quelques fois. J’aime la bouffe et l’ambiance. Du monde qui parle fort, s’amuse, s’assume dans son délire, de la musique, des serveurs baveux. Ça fait changement, ça fait voyager. Je n’ai jamais mis de cotte de maille, promis!
Village d’antan, les années 1970, le Moyen-Âge : c’est drôle avoir la nostalgie d’époques qu’on n’a jamais connues. C’est une nostalgie de fantasmes. On s’entend, personne ici ne survivrait six minutes au Moyen-Âge. Puis les villages, pas une femme ne veut revenir au temps où elles torchaient et ne votaient pas. Les années 1970 étaient une belle bulle, mais la corruption et la guerre y étaient autant une réalité qu’aujourd’hui. On garde le meilleur de chaque époque, on fantasme, puis ça devient du folklore. Swing la bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois!
On passe notre temps à idéaliser un passé qu’on n’a jamais connu, ou qui n’a jamais existé, parce qu’il n’a jamais été si idéal que ça. Je présume que de travailler à rendre ces idéaux réels aujourd’hui reste l’option la plus logique et positive. Le 2 mai, je m’en vais voter en Gran Torino habillé d’une cotte de maille avec de la Bottine souriante dans le tapis! Harper, out!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.