Vol au-dessus d'un nid de fous
C’est une première. Moi qui ai toujours la tête dans les nuages, là, je l’ai pour vrai. J’écris dans un avion de retour de Winnipeg. Ça fait big. Mon laptop sur la tite tablette. J’ai l’air d’un vrai businessman. Fuck! Mes oreilles viennent de boucher! Pas grave. De toute façon, j’écris à l’oil.
Première fois que je visite le Manitoba. À quoi ça ressemble? Deux lits, une douche, une télé, trois lampes, un pot de peanuts trop cher. Bon OK, j’suis pas vraiment sorti de ma chambre d’hôtel. Sauf pour aller à mes shows et manger un Giant Apple Cinamon Pancake : «You want the small portion or the giant?» À Rome, on fait comme les Romains! Shoote-moi-le icitte, ton gros pancake! C’était vendredi matin…. je l’ai encore dans gorge. Mais c’était très bon.
J’étais à un genre de Juste pour rire, version Winnipeg. Comme sur les quelque un million d’habitants du Manitoba, il y a environ 40 000 francophones, y avait un spectacle en français. J’étais la subvention. Comment se porte le français au Manitoba? Si vous pensez qu’on se bat ici pour la langue française, c’est du tiraillage en comparaison de leur combat. Drôle de fait. Pour les Québécois, les Français de France sont souvent vus comme chiants, arrogants, prétentieux. Bien, pour les Franco-Manitobains, tout ça ce sont des traits de caractère des Québécois. Eh oui, ici j’étais un maudit Québécois. C’est logique. On rit d’eux autres, de leur trou où ils habitent, de leur français cassé, on cherche le trouble, mettons.
À Winnipeg, ils sont en train de bâtir le Musée canadien des droits de la personne. J’ai bien hâte de voir la section sur le génocide amérindien. Mmmm, pas sûr qu’ils vont la mettre, cette petite parenthèse de notre histoire. On le sait, l’histoire est écrite par les vainqueurs, mais c’est frustrant quand on voit la romance se créer sous nos yeux.
En gros, c’est un peu à tout ça que je pense, alors que je survole notre pays, notre nid. De la grosse bouffe grasse, de l’assimilation jadis agressive, aujourd’hui passive. Des p’tites chicanes de famille insignifiantes, des préjugés récurrents. Des hôtels de luxe, des réserves désertiques, le cirque des élections enclenché. Ouf! Ça donne envie de rester dans les nuages. Mais avec toute cette matière à rire, ça serait du gaspillage!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.