La belle et la bête
Ma blonde : «Maudit qu’y est beau, Johnny Depp!» Moi : «Maudit qu’est forte, Angelina Jolie!» Aucun blessé. Pas de boudage. Mais si on avait inversé les compliments? Si ma blonde avait dit que Johnny était fort? Et si j’avais dit qu’Angelina était belle? On aurait fini les deux couchés en fotus à manger de la crème glacée!
C’est ainsi. C’est dans la nature. Les filles ont besoin d’être belles, les gars ont besoin d’être forts. À l’autre bout du monde, pas besoin d’affiches géantes avec une pitoune qui a un os Versace dans le nez. Les femmes de ces tribus ont une hiérarchie de la beauté, de la séduction, du pouvoir. Même chose pour les hommes. Pas besoin d’une pub de branche Nike pour qu’ils se battent pour avoir la plus grosse branche. L’humain catche la game tout seul. Au Carrefour Laval ou dans la forêt boréale.
La différence, c’est qu’ici, la game a des bidous en jeu. Des génies ont compris que la piasse se fait en nous mettant dans la tête qu’on n’est jamais assez fort, que vous n’êtes jamais assez belle. Ça, personnellement, ça me tape sur les nerfs.
«Ben là! Le problème, c’est le monde! T’as juste à pas l’acheter la crème! Ou le pick up!» Quand y a manipulation, faut qu’il y ait compréhension. Sinon, on tourne en rond. Un enfant qui se fait bombarder de ces pubs, ça se peut que, même s’il devient l’adulte intelligent que nous sommes, il ait une perception de lui ou elle un peu mêlée. Faut faire moins les smates. Quand on s’avoue faible, on devient plus fort. On devient plus alerte, plus lucide, on se protège. Quand on se pense plus vite que la machine, on tombe dans son piège.
Les filles passent des heures à regarder des magazines et se consolent en disant : «Pfff, on sait bien, c’est tout du Photoshop.» Les gars, on regarde des athlètes boostés aux pilules et autres, et on se console en disant : «Pfff, une passe de Crosby, moi aussi je l’aurais mise dedans.» Pour se changer les idées, on va dans chambre à coucher. Ça commence avec la fille qui dit : «Me trouves-tu belle?» Pis, ça finit avec le gars qui dit : «J’étais tu bon?».
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.