Pérou épicé Yvon

Beurk. Il fait gris. La neige blanche est absente, ou bien toute crottée. On dirait un mois de novembre, mais plus frette. Un novembre pimpé. On se change les idées. Voyageons.

Pérou, 2001. Debout, épuisé. Quelques marches nous séparent de la vue du Machu Picchu. C’est la finale, le point culminant, le coït d’un trek de quatre jours sur le chemin des Incas, à travers la cordillère des Andes. C’est une chronique ou un épisode des Cités d’or? C’est pas clair.

Dans le groupe, je suis le jeune loup, le bleu, le novice, le voyageur qui pue le touriste. Mon équipement est tellement neuf que, malgré quatre jours de montagne, il sent encore le magasin et le vendeur véreux. Les autres voyageurs, un pharmacien et quatre couples, ont visiblement plus d’expérience. C’est rassurant. Parfois humiliant, mais en général, rassurant. Surtout le pharmacien. Voyager avec un pharmacien, c’est comme aller à la guerre avec Rambo, ou aller chercher du miel avec Winnie The Pooh.

À part pour mon co-chambreur, ou plutôt co-senteur, et notre guide québécoise, la raison de mon voyage est inconnue. À quelques marches de notre but, cette raison est sur le point de m’exploser la face.

Plus jeune, j’ai tissé un lien profond avec un de mes oncles. On passait des nuits blanches à parler du monde, d’histoire, de philo, de femmes; bref, on parlait de la vie. Il était un mentor, un homme sage, un sensible au passé tannant, à la parole lourde de vécu. Un de ses rêves était d’aller au Pérou. On en avait parlé souvent, on parlait même d’y aller ensemble. Lorsque le cancer a pris le dessus, je lui ai fait une promesse. S’il le voulait, j’irais au Pérou répandre un peu de ses cendres.

Nous sommes debout, yeux fermés devant la vallée du Machu Picchu. «Ouvrez-les yeux!» C’est instantané. Tout le monde a les yeux pleins d’eau. Tout le monde sauf moi. J’ai la face pleine d’eau! Mon deuil, je le fais là, live. Mais personne ou presque ne le sait. Tout le monde pleure un peu, essuie ses petites larmes, alors que moi… les grosses larmes, la morve, les gros souffles, du braillage all dressed. On me regarde en voulant dire : «OK, c’est beau le Machu Picchu, mais reviens-en.» J’avais l’air fou, mettons.

J’ai descendu le reste du chemin seul, en retrait du groupe. Il n’y avait pas de violons ou de gros plan au ralenti. Il n’y en a toujours pas aujourd’hui : je ne voulais pas vous faire brailler, seulement vous faire voyager. Bonne journée.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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