Des attentes olympiennes
Comme le Comité olympique canadien, qui prévoyait 35 médailles, Stephen Harper a élevé les attentes. En le voyant proroger la Chambre sous prétexte de relancer son gouvernement sur de nouvelles bases, on était en droit de s’attendre à une performance digne d’une médaille d’or. Trois mois plus tard, tant le discours du Trône que le budget présenté hier n’offrent rien qui nous laisse présager le début d’un temps nouveau.
Le discours du Trône avait pour titre «Un Canada plus fort. Une économie plus forte. Maintenant et pour l’avenir». Un texte de 6 000 mots illustre le fait que la quantité n’est pas nécessairement synonyme de vision. En fait, le plan du gouvernement livré par Michaëlle Jean, tout comme le budget, est bien loin de la révolution attendue. Il présente malheureusement une série de mesures sans fil conducteur mobilisateur.
En annonçant le retour à l’équilibre budgétaire sans hausse d’impôt, sans nouvelle taxe, sans réduction des paiements de transfert, le gouvernement nous laisse croire qu’il est possible d’atteindre le podium sans entraînement. Vouloir contraindre les dépenses sous la barre des 3 % est en soi louable, mais somme toute peu réaliste quand on regarde les performances passées.
Certes, il est possible de croire que les revenus augmenteront avec la reprise et que la fin du plan de stimulation contribuera à réduire le niveau des dépenses. Actuellement, les indicateurs économiques sont réjouissants, la croissance économique bat des records. Il faut cependant que cette croissance soit durable pour atteindre les objectifs établis par le gouvernement. Pour cela, il faudra que le secteur privé puisse prendre la relève d’un gouvernement qui ne peut soutenir seul la croissance.
Mais au-delà de l’équilibre budgétaire actuel, il aurait fallu que le ministre des Finances annonce un plan pour jeter les bases de l’État et de l’économie de demain. L’avenir s’annonce compliqué. Le choc démographique demande que l’on repense le modèle.
Michael Ignatieff, de son côté, n’a pas profité de la période de la prorogation pour mettre sur la table un plan inspirant. Loin de préciser sa vision de la gestion des affaires, il présente également une performance décevante en se contentant de critiquer plutôt que de faire des propositions.
Après trois mois d’entraînement à rencontrer tous les intervenants, le gouvernement aurait dû offrir une performance éblouissante. Pourtant, contrairement aux résultats de nos athlètes olympiques, on est loin d’avoir été renversé par les records qui, bien que différents de ceux attendus, nous ont inspirés.