Reconstruire Haïti
Port-au-Prince est sous les décombres. Les symboles de la fierté du pays, comme le palais présidentiel, sont en miettes. Année après année, le sort s’acharne sur Haïti. La série d’images qui défilent en continu depuis le tremblement de terre de mardi nous rappelle la fragilité d’un pays déjà trop éprouvé.
En plus des éléments naturels qui s’y déchaînent, les infrastructures y sont défaillantes. Il n’y a même pas l’équipement lourd nécessaire pour fouiller les ruines et venir rapidement en aide aux victimes. Haïti est tellement pauvre que plus de la moitié de sa population vit non seulement sous le seuil de la pauvreté, mais sous l’extrême seuil de la pauvreté. Le taux de chômage est de plus de 65 %. La déforestation et la gangrène de la corruption et du crime constituaient déjà des défis énormes.
Mais Haïti, c’est aussi le talent. Celui que l’on connaît d’ici : Dany Laferrière, Michaëlle Jean, Luck Mervil, pour ne nommer que ceux-là. Ces visages qui ravivent l’envie de repousser les limites et qui donnent de la fierté. C’est aussi une communauté de chez nous qui s’inquiète pour des proches demeurés là-bas.
Ayant obtenu un second mandat en 2006, le président René Préval semblait pourtant en mesure de remettre son pays sur la bonne voie. Avec l’ambition qu’il nourrit pour son peuple et le soutien international, les efforts commençaient à paraître enfin. L’aide des Casques bleus avait permis de sécuriser le pays. Le gouvernement de M. Préval travaillait aussi sur les infrastructures étatiques, électriques et routières.
L’ONU, de même que d’autres observateurs internationaux, avait d’ailleurs noté le début d’un changement. Haïti remontait la pente lentement, mais remontait tout de même. Comme le mentionnait Fabienne Colas, instigatrice du Festival international du film haïtien de Montréal, les choses allaient mieux, si bien que la diaspora avait recommencé à visiter le pays. L’espoir avait repris son droit jusqu’au séisme. Maintenant, tout est à recommencer.
Une fois la phase de sauvetage passée et la région stabilisée, on pourra penser à reconstruire. Rêvons un instant que ce soit pour ce peuple un nouveau début. Qu’à partir d’aujourd’hui, les éléments s’arrêteront de s’acharner contre ce peuple qui mérite un véritable répit. C’est aujourd’hui la responsabilité première de la communauté internationale.