Autre temps, autres mours
L’éthique fait une victime au Québec. David Whissell a finalement cédé. Il a choisi de démissionner du Conseil des ministres après avoir été au centre d’une controverse entourant l’attribution de contrats d’asphaltage, sans appel d’offres en plus, à son entreprise familiale.
Avant de lui lancer la pierre, il faut cependant se rappeler que c’est Jean Charest qui l’a mis dans l’eau chaude. L’ancien ministre du Travail avait respecté les règles que le premier ministre avait édictées. Il avait placé ses actions de ABC Rive-Nord, une entreprise de pavage, dans une fiducie sans droit de regard.
En permettant à ses ministres d’avoir des intérêts dans des entreprises privées pouvant faire affaire avec le gouvernement, Jean Charest a conduit le ministre à sa perte. Même en se soumettant aux règles, M.Whissell a prêté flan à la perception de conflit d’intérêts. Et, comme on le sait, en politique, la perception, c’est la réalité. Il a dû faire un choix. On peut comprendre que l’ancien ministre du Travail ait choisi de conserver sa participation dans l’entreprise, qu’il qualifie de patrimoine familial.
En modifiant les règles éthiques en mars dernier, Jean Charest laissait pourtant entendre qu’il fallait adapter les règles aux cas particuliers. Pourtant, si on se fie au gros bon sens, il est clair que ce sont les gens qui doivent s’adapter aux règles et non l’inverse. Le ministre Pierre Arcand a vu venir. En juin dernier, il a vendu ses actions d’une entreprise qui faisait affaire avec le gouvernement.
Les 50 ans du décès de Maurice Duplessis nous ont rappelé à quel point les mours politiques ont évolué. Toutefois, le lien de confiance qui unit la population à ses élus est fragile. Simplement, la population souhaite que les règles assurent un encadrement nécessaire pour prémunir l’humain contre lui-même. M. Charest a compris, mais un peu tard, qu’il ne peut y avoir aucune perception possible de conflits d’intérêts. Sans doute il a aussi compris qu’il amorcera la prochaine rentrée parlementaire sur la défensive.
La réforme du code d’éthique sera au menu de l’automne. Verrons-nous la nomination d’un commissaire à l’éthique? Souhaitons-le. Il permettrait d’avoir une plus grande distance et éviterait des modifications au cas par cas. Ce serait son mandat de revoir les règles et de proposer une feuille de route qui puisse être entérinée unanimement à l’Assemblée nationale et de veiller à son application.