Fraudeurs en cravate
Quelle différence y a-t-il entre Earl Jones et Vincent Lacroix? Au premier abord, la réponse est : aucune. Ce sont deux fraudeurs en cravate qui ont abusé de la confiance des gens. Si on creuse davantage, on se rend toutefois compte que la réalité cache certaines différences assez fondamentales.
Vincent Lacroix avait toutes les certifications nécessaires pour opérer. Earl Jones, loin de prétendre être un planificateur financier, travaillait sous une dénomination bidon d’administrateur. À moins qu’on ait d’autres surprises, Earl Jones n’a jamais reçu l’aide du gouvernement pour opérer. Vincent Lacroix a reçu un crédit d’impôt de près de 1 M$ du ministère des Finances. Il semble que cette contribution ait été octroyée même si sa compagnie n’avait aucun actif.
Pas moins de trois organismes sont chargés de mettre des balises afin de protéger le public en cette matière. L’Autorité des marchés financiers a pour mission d’appliquer les lois qui encadrent le secteur financier. L’Association québécoise de la planification financière encadre la formation et le perfectionnement de ses membres. Et la Chambre de la sécurité financière assure la discipline et veille à l’application du code de déontologie.
Est-ce qu’un ordre professionnel aurait fait la différence? On peut en douter. Il ne s’agit pas de dire qu’un organisme de ce type est inutile. Il ne protège personne de la fraude. L’État peut encadrer autant comme autant l’industrie, cela ne met personne à l’abri. Le seul remède efficace contre la fraude est l’éducation. Il est surprenant d’apprendre qu’aucun client d’Earl Jones n’a communiqué avec un des organismes pour vérifier sa légitimité.
Beaucoup de citoyens sont aujourd’hui plus informés, plus sensibles aux différents aspects de la planification financière que ne l’étaient leurs parents. C’est normal, car l’accès aux produits financiers s’est démocratisé. La vigilance doit, par ailleurs, toujours être de mise.
La crise financière a exposé les fraudeurs en cravates. La contre-performance des Bourses a mis ces architectes de l’escroquerie devant leur gâchis. Dans le cas de Jones, la justice doit suivre son cours. Dans celui de Vincent Lacroix, il importe de ne pas perdre de vue que l’État a une responsabilité dans ce scandale. Québec doit faire davantage et tenir une commission d’enquête publique.