Une brebis égarée?
Michael Ignatieff devra faire plus pour nous montrer ce qui se trouve au-delà de l’image. Intellectuel au charisme assuré, il sait certainement manier le verbe. Si l’on en croit les sondages, il sait d’autant plus plaire à la gent fé-minine. Ce qui est non négligeable quand on sait que c’est le talon d’Achille de son adversaire.
Son passage d’universitaire à politicien, doit toutefois reposer sur une vision claire. C’est malheureux qu’une semaine après son premier congrès comme chef celle-ci demande encore à être clarifiée.
Fraîchement arrivé sur la scène politique fédérale, Michael Ignatieff avait fait sursauter lorsqu’il avait proposé de reconnaître la nation québécoise. La suite des choses lui a prouvé que cela pouvait être coûteux dans une formation politique où persiste l’aura de Pierre Eliott Trudeau. On se souvient que les alliances du bloc de l’Ontario avec Kennedy et Dryden avaient fait pencher la balance en faveur de Stéphane Dion lors de la dernière course à la chefferie libérale.
Le congrès du week-end dernier nous a donné une autre image du nouveau chef libéral. Loin de la reconnaissance des pouvoirs du Québec, il a plutôt livré les bases d’une approche centralisatrice empiétant sur les pouvoirs des provinces. La société du savoir n’a rien de répréhensible en soi. Bien au contraire, il est clair que l’on doit miser sur l’éducation, l’innovation et la recherche pour se positionner. Il faut cependant se méfier. Au Parti libéral, l’idée de normes nationales n’est jamais bien loin.
Les Québécois ont déjà joué dans ce vieux film où Ottawa se sert de l’excuse d’une crise pour arracher des pouvoirs à l’Assemblée nationale. Si M. Ignatieff veut réussir une percée au Québec, il doit d’abord respecter les compétences du Québec. Il y a suffisamment d’enjeux au niveau fédéral pour bâtir un plan d’action ambitieux. Comme le veut le dicton : «Quand chacun fait son métier, les brebis sont bien gardées.»
Avec ses attributs extérieurs, le nouveau chef du Parti libéral du Canada semble avoir des atouts pour plaire à un électorat en quête de changement. Reste encore à savoir de quoi il est fait en dedans. La plateforme de son parti sera publiée en juin. On verra alors si la brebis s’est bel et bien égarée.