Obama, ô Canada
Au Canada, tout le monde retient son souffle; Obama était en ville hier. Comme le veut la tradition, le nouveau président des États-Unis a fait son premier arrêt en sol étranger à Ottawa. C’est un peu comme la soupe au poulet, ça fait du bien de savoir que les choses sont redevenues comme avant. Le ton nuancé du nouveau président a aussi quelque chose de rassurant.
Il est toutefois difficile pour «mister President» de nous fournir tout le réconfort dont nous avons besoin. Surtout quand vient le temps de parler du «Buy America Act». Notre plus important partenaire commercial, avec qui nous échangeons plus de 1,5 G$ quotidiennement, marche sur la pointe des pieds. Nous ne devrions pas trop nous en faire, a-t-il dit. Ça veut dire qu’il faut tout de même s’en faire… un peu.
Il faut savoir que, sur cet enjeu, comme sur d’autres, le Congrès est quasi tout puissant. Obama, le président, peut bien nous dire qu’il faut renforcer l’économie américaine en développant les partenariats commerciaux. Les sénateurs et les représentants ont une grande marge de manouvre. On a vu la puissance des deux chambres dans le cadre de l’adoption du plan de relance. Il sera difficile d’empêcher les États et les municipalités d’avoir un réflexe d’achat local.
Nous avons bien peu de leviers pour négocier. Même notre énergie, qui est notre principale monnaie d’échange, n’est pas considérée comme propre. On peut comprendre pour les sables bitumineux, mais que l’hydroélectricité québécoise soit considérée comme suspecte… L’entente sur l’énergie propre, signée dans le cadre de la rencontre, est un premier pas. Elle pourrait mener à la création d’un système de quotas et d’échanges d’émissions de gaz à effet de serre.
En bref, seul le dossier de l’Afghanistan a amené le président américain à tendre la main. Il n’a pas demandé au Canada de poursuivre sa mission au-delà de 2011. Il sait toutefois que la contribution canadienne pourrait rendre sa démarche plus crédible. Le Canada pourrait travailler au niveau de la diplomatie, de la reconstruction et du développement. Ce qui ne serait pas contraire à l’engagement pris par la Chambre des communes. Pour réussir cette mission, la voie militaire ne suffira pas.
Il est clair que le Canada a plus à défendre dans cette relation avec son voisin qui est loin d’être d’égal à égal. Pour le reste, comme l’essentiel, l’économie, Stephen Harper a sûrement dû faire preuve de patience. Écouter, apprivoiser cet homme qui incarne autant d’espoir.