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13:38 15 février 2016 | mise à jour le: 15 février 2016 à 13:49 Temps de lecture: 6 minutes

Éviter l’évitable

Éviter l’évitable

Frédéric Roy est journaliste à Finance et Investissement et il tient le blogue Le Contenu avec sa blonde Ariane. Grand sportif et cycliste aguerri, il a subi en décembre 2015 un grave accident de vélo qui aurait pu lui coûter la vie. Ce billet raconte son accident et le début de sa guérison. Il nous a beaucoup touché et nous avons décidé de le publier ici avec son autorisation.

***

16 décembre 2015, 16h15. Je quitte le boulot vers la maison. Le temps clément me permet de poursuivre ma saison de vélo. Le départ du centre-ville se fait comme d’habitude, je monte la rue Peel pour atteindre la rue Sherbrooke vers l’est. Les voitures sont surprises de constater autant de bicyclettes encore sur les routes, alors la vigilance est de mise.

Une fois sur Sherbrooke, je profite du faux plat pour augmenter la vitesse. Le trafic de début de soirée est présent, je peux rouler facilement à côté des voitures.

À la hauteur de la rue City Councillors, un véhicule roulant en direction Ouest sur la rue Sherbrooke croit avoir la possibilité de tourner sur la petite rue, puisque les voitures lui ont fait un peu d’espace.

Il ne m’a pas vu.

J’appuie super fort sur mes freins.

Trop tard.

Ma mâchoire percute la porte du passager.

Plus rien.

23 décembre 2015, 12h30. Je suis dans un lit d’hôpital. Mon père me serre la main, je sens une bonne pression et de la nervosité. Ma copine entre dans la chambre calmement. Mes yeux s’illuminent, je suis calme.

Je suis «plogué» de partout. Des électrodes, du soluté, des aiguilles dans les bras, un tube dans le nez pour être nourri, un collet cervical, des pansements sur le menton, une trachéotomie, de l’oxygène par le cou, et un cathéter…

Ma vie chamboule. Ça fait une semaine que je suis sous sédation. Je n’ai eu conscience de rien. Cette semaine est pour moi perdue, inexistante, absente.

Le seul souvenir que j’ai de ce moment est l’apparition d’une paire d’yeux d’aigle d’un vert perçant qui se transformera en meute de loup blanc.

Ariane m’informe de ma situation, mâchoire qui a explosé, plus d’une douzaine de dents sont disparues (dont plusieurs plantées dans la porte de la voiture) et une entorse au cou.

Les larmes coulent sur ma joue, je ne peux pas encore parler à cause de la trachéotomie…

J’ai évité le pire, pas de traumatisme crânien ni de blessure musculaire ou sur les organes vitaux.

Sans casque, et si je n’avais pas eu de pédales automatiques (clips), le constat serait certainement différent.

Fait intéressant, selon une recherche de l’Institut de la statistique du Québec d’octobre 2014, 34,9% des Québécois portent un casque lorsqu’ils sont en vélo. Comme quoi la sensibilisation doit se poursuivre, puisqu’un accident est si vite arrivé…

C’est pour moi le début de mon hospitalisation, pour ma famille, mes ami(e)s et mes proches, ça fait une semaine qu’ils se font le relais à l’hôpital dans ma chambre aux soins intensifs.

27 décembre 2015, 12h30. Grosse journée d’opération, l’objectif est simple, refaire ma mâchoire à partir des morceaux restants et ajouter une plaque de titane pour solidifier le tout.

De plus, les chirurgiens doivent trouver le moyens de recoller les bouts de ma lèvre inférieure ensemble et replacer ce qui me reste de dents afin qu’elles reprennent leur place.

Les discussions des derniers jours portaient sur la possibilité de prendre le péroné de ma jambe droite afin de refaire ma mâchoire si jamais les morceaux restants n’étaient pas suffisants ou viables.

La conséquence d’une telle prise aurait amputé ma capacité à courir de longue distance. Ce à quoi je me suis objecté afin de pouvoir continuer à courir librement.

Dès lors, les chirurgiens ont indiqué qu’aux besoins, ils prendraient une partie de mon omoplate ou de ma hanche.

Pour ma lèvre, c’est la peau de mon avant-bras droit qui se sacrifierait en partie pour combler le manque.

Je suis ainsi transporté en salle d’opération où je rencontre en premier les anesthésistes. Le seul souvenir que j’ai de ma chirurgie en est un de l’anesthésiste en chef qui me regarde et me dit «tu vas voir, c’est comme faire un gros rêve».

Je me réveille dans une salle que je ne connais pas, j’ai mal à la tête et ma mâchoire est douloureuse. Me plaignant, une infirmière s’approche de moi et me met un bouton dans la main en me disant que c’est la morphine et j’ai le contrôle!

Quoi, j’ai le contrôle sur la morphine! Quelle joie!

L’opération a été une réussite. Les chirurgiens ont par un certain miracle réussit à recoller les morceaux brisés de ma mâchoire, ma lèvre et mes dents sans utiliser rien d’autre.

Après, la récupération a débuté. Chaque jour après l’opération, je n’avais qu’un seul objectif: sortir le plus rapidement possible de l’hôpital.

Chaque jour, une petite réussite de plus, un tuyau ou un pansement de moins et éventuellement la possibilité de prendre une pause de l’hôpital pour fêter le nouvel an avec Ariane.

Le bonheur d’être à la maison. Ari et moi avons fêté ensemble jusqu’à minuit 10, dans la joie et la bonne humeur.

Le lendemain retour à l’hôpital pour 7h du matin. On est fébrile. On espère fortement une vraie sortie. Le tout se confirme lors de la visite du médecin en milieu d’avant-midi, c’est officiel, je peux sortir et commencer ma vraie récupération.

Mais ce n’est que le début, j’ai des rendez-vous aux deux jours, une autre importante chirurgie dans un mois, un collet cervical pour les prochaines semaines.

L’accident aurait pu être évité facilement. Par exemple, en interdisant les tournants durant la journée dans cette zone du centre-ville lorsqu’il n’y a pas d’intersection comprenant une lumière ou un arrêt.

Un tout petit changement. Et je ferai tout en mes moyens et militerai pour que ce genre d’accident plus qu’évitable n’arrive plus jamais.

-F-

Les statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec en 2012 font état de 1954 cyclistes victimes d’un accident de la route impliquant un véhicule routier. De ce nombre, 13 sont décédés et 88 ont été gravement blessées. Il y a encore du travail à faire.

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