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Harakiri collectif

Difficile de traduire accommodements raisonnables en japonais. Des immigrants, il n’y en a pratiquement pas au Japon et quand on est ginjai (étranger) on le reste pour la vie. À bien des égards, le Japon vit toujours en vase clos.

Au pays du tatemai (apparences) et de toutes les courbettes, même les réfugiés sont acceptés au compte-gouttes : un peu plus de 1 000 ces 20 dernières années contre 40 000 pour le Canada… l’an dernier. Les Japonais voyagent beaucoup à l’étranger, mais la grande majorité des 127 millions de Nippons n’ont jamais eu de contacts réguliers avec un étranger qui, dès son arrivée à Narita, l’aéroport international de Tokyo, doit présenter ses deux index pour les empreintes digitales.

L’ancien premier ministre conservateur Taro Aso rappelait d’ailleurs ceci avant sa défaite aux législatives du 30 août : le Japon, c’est «une culture, une race». Personne n’est monté aux barricades pour dénoncer ses propos. Le Japon n’a toujours pas de loi contre la discrimination raciale, courante dans la vie de tous les jours. Pour le maire de Tokyo, Shintaro Ishihara, qui se battait pour décrocher les Olympiques de 2016, si la capitale nippone a un taux de criminalité plus faible que n’importe quelle grande ville américaine, c’est parce que les Noirs se comptent sur les doigts de la main.

Alors, racistes, les Japonais? Plutôt xénophobes. La peur de l’étranger va peser lourd sur leur avenir. Pays insulaire, «tricoté serré», le Japon ne se reproduit plus. Vingt-six pour cent de la population aura 65 ans et plus dans cinq ans. Dans un petit demi-siècle, il y aura 40 millions de Japonais de moins. Un véritable harakiri collectif.

L’immigration est peut-être la planche de salut, mais on préfère ne pas trop y penser. Le nouveau gouvernement de Yukio Hatoyama a promis de doubler les allocations familiales, mais les Japonaises refusent de jouer le jeu de la femme au foyer, de faire plus d’un enfant ou de pallier la pénurie de la main-d’Å“uvre. L’individualisme hédoniste règne en maître, surtout à Tokyo où atterrit le quart des produits de luxe vendus dans le monde même si la pauvreté touche plus de 10 % de la population.

Hatoyama ne cesse de parler d’un «nouveau Japon» toujours sans les immigrants. À la fois proche de l’Occident et de l’Asie, tout en se méfiant de l’un et de l’autre, le Japon saura sûrement se réinventer. Il l’a toujours fait. Ses miracles sont nombreux. Mais le pays du Soleil levant ne rayonnera sans doute jamais pour les immigrants.

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