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Capitalisme et cupidité

Capitalisme, cupidité et crise financière vont de pair. Ils riment depuis toujours avec impérialisme, exploitation, oppression, guerres, fraudes, évasion fiscale, inégalités, misère et morts. Oui, des morts. Les capitalistes sont prêts à absolument tout pour s’enrichir le plus vite possible et par tous les moyens.

À titre d’exemples de cupidité sans borne, prenons le titre d’articles de journaux récents. «Couche-Tard : des profits cinq fois plus importants… qui déçoivent.» La valeur au marché a baissé de 3,05 $. Les capitalistes, c’est-à-dire les détenteurs de capitaux, s’attendaient à plus. Verrions-nous des employés syndiqués se rebiffer contre une hausse aussi «dérisoire» de leurs salaires? Et, «Le titre de Dorel chute de 10 % après la publication de résultats… records», sans compter «Google a quadruplé ses profits mais l’action a perdu 6,5 % de sa valeur. Google déçoit les attentes de Wall Street», titrait nos quotidiens.

Puis, «Research in Motion (BlackBerry) double son bénéfice mais déçoit les attentes», publiait Le Devoir du 26 juin 2008. Quoi d’autre? «Exxon Mobil : des profits de 8,4 G$US… en trois mois» et les analystes financiers furent échaudés et même furieux par si peu. Va falloir dégraisser et escroquer davantage le consommateur. «Profits records d’Alcoa, mais son titre plonge.» Faut absolument qu’Alcoa obtienne d’autres millions en tarifs préférentiels d’électricité d’Hydro-Québec.

Baisse de tarifs d’électricité pour les transnationales et les centres de ski (pour les aider à fabriquer de la neige artificielle en octobre) et hausses régulières pour les familles ordinaires. «Garda : des profits en forte hausse qui déçoivent les analystes», signalait le Journal de Montréal du 2 avril 2007. Pour le punir de si misérables résultats financiers, l’action de Garda a perdu 5,6 % de sa valeur à la Bourse de Toronto. Rona augmente ses profits de 27 % et La Presse du 23 février 2006 titre : «Rona déçoit le marché.» Enfin, «les profits de Moody’s augmentent de 13 % et l’action perd 12 %», et les titres de la compagnie pétrolière Impériale et de Shell Canada baissent à l’annonce de «profits substantiellement plus élevés», disait le Journal de Montréal.

Cette course maladive aux profits et à l’enrichissement des détenteurs de capitaux mènent inexorablement aux pires calamités. Contrairement aux prétentions des inconditionnels dévots du capitalisme, ces gros profits ne sont pas réinvestis en biens productifs, ne sont pas payés en impôts ou si peu et ne sont pas octroyés en augmentation de salaires des travailleurs mais sont retournés aux actionnaires en dividendes et en rachats d’action comme le rapportait le Wall Street Journal du 15 décembre 2005 : «Le déluge de dividendes et le rachat d’actions inquiètent les économistes.» Ça inquiète même les économistes et le Wall Street Journal… Wow!!!

Pendant tout ce temps, nos politiciens en ont rajouté en baissant continuellement les impôts des compagnies et des riches, en déréglementant et en décloisonnant, en tolérant l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, en privatisant de nombreux services publics ou en les tarifiant davantage, en ratatinant l’État, etc. Vous vous demandez encore pourquoi il y a crise et pourquoi c’est le monde ordinaire qui n’y est pour rien mais qui doit en faire les frais? Et dire que pendant tout ce temps, les politiciens et les éditorialistes, entres autres Alain Dubuc de La Presse, faisaient l’éloge de la richesse et des riches. On encense à tour de bras les profiteurs. Faut le faire!

Dans tout ça, faut surtout pas parler de lutte des classes, même si le multimilliardaire américain Warren Buffet a admis ce phénomène. Il ne peut y avoir de «lutte» si on est intoxiqué ou résigné. Au cours des 30 dernières années, la classe moyenne a été la victime innocente de cette arnaque et s’est appauvrie, et c’est à elle qu’on demande aujourd’hui de faire preuve de «solidarité», dixit le lucide ministre libéral du Québec Raymond Bachand, et de payer la facture sans rechigner. Le capitalisme porte bien son nom : priorité est donnée aux détenteurs de capitaux et tant pis pour les autres.

Ainsi, et 200 G$ d’aide gouvernementale plus tard, les banques canadiennes, qui sont les grandes responsables de l’actuelle crise financière qui a occasionné des milliers de licenciements et des pertes de plusieurs milliards dans les fonds de pension des travailleurs et qui, en plus, continuent à détourner annuellement des milliards de dollars dans les paradis fiscaux et à nous arnaquer avec leurs frais bancaires et leurs cartes de crédit ont le culot, et même le mépris, d’affirmer, tel que rapporté dans La Presse du 2 septembre 2009 : «Selon la TD : Les Québécois devront faire des sacrifices.» Ben oui, faut que les Québécois paient pour les milliards de dollars en subventions allongées par leurs élus et pour qu’elles puissent continuer à engranger de juteux profits. La servitude a un nom.

Deux autres petits exemples. En 2009, la papetière Abitibi Bowater s’est placée sous la protection de la Loi sur les faillites et Québec leur a versé 100 M$US en «aide d’urgence», rapportait Le Devoir du 18 avril 2009. Par après, Le Devoir du 6 août 2009 signalait : «Licenciements et compressions à Abitibi Bowater.» C’est alors qu’après des pertes de quelques milliards, le président de la compagnie, John Weaver, prend sa retraite et reçoit 25 M$ de la compagnie en faillite pour ses précieux services rendus.

Faut bien l’aider à payer son loyer, son épicerie et à faire vivre décemment sa petite famille. Ça veut donc dire que sur les 100 M$ reçus en fonds publics du gouvernement du Québec, 25 beaux petits millions se sont retrouvés dans les poches du président retraité d’Abitibi Bowater.

En 2008, La Presse du 21 février mentionnait que : «Rémunération des administrateurs : les forestières trônent en tête de liste» après avoir encaissé 450 M$ de subventions du Québec en 2005 (La Presse, 17 octobre 2005) et 1 G$ d’Ottawa en 2009 (Le Devoir, 18 juin 2009). Et le président de Domtar, Raymond Royer, qui prend sa retraite en 2009 avec une pension annuelle de près de 1 M$ (La Presse, 13 août 2009) et qui, en 2007, avait empoché un salaire de 4,5 M$ même si la papetière subissait de lourdes pertes. Le plus comique est pour la fin.

Aux States, l’institution financière Citigroup a reçu 45 G$ en aide publique, ce qui n’a pas empêché l’employé de cette firme, Andrew Hall, de réclamer sa commission de 100 M$ que signalait le Journal de Montréal du 27 mai 2009. Ne soyons pas chiches et ingrats pour nos cerveaux et soyons solidaires. Je le répète, capitalisme, impérialisme et exploitation vont de pair.

Mon Prions en église du 19 juillet 2009 résume bien la situation : «Elles se comptent par millions les foules affamées exilées, exploitées et opprimées. Ils se comptent aujourd’hui par centaines ceux-là qui détiennent tout pouvoir : politiciens, économistes, dirigeants de multinationales. Comment peuvent-ils s’enfermer dans leur tour d’ivoire et ne pas voir que leur pouvoir et leur richesse ne font qu’ajouter à la misère des pauvres ?» Bien dit.

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