Israël expulse tous les militants de la flottille
Israël a finalement décidé mercredi d’expulser la totalité des quelque
700 militants pro-palestiniens interpellés par son armée lundi sur six
navires au large de la Bande de Gaza. Les autorités israéliennes ont
visiblement préféré ne pas dégrader davantage les relations avec la
Turquie, dont au moins quatre ressortissants ont été tués lors du raid,
vivement condamné par la communauté internationale.
Israël a indiqué que cinq avions s’étaient envolés pour la Turquie et
la Grèce, transportant 503 militants de la flottille de Gaza et les
corps des neuf personnes tuées dans le raid israélien.
Un autre avion devait partir tard mercredi avec à son bord le reste des
militants pro-palestiniens, a fait savoir la porte-parole du ministre
de l’Intérieur, Sabine Haddad.
En Turquie, Yavuz Dede, vice-président de la Fondation pour les droits
et libertés humains et l’aide humanitaire (IHH), avait accusé Israël de
retarder les vols pour cacher qu’il manquait des personnes qui se
trouvaient à bord des six navires de la flottille. Le ministère
israélien de l’Intérieur assurait de son côté qu’aucun de ceux qui
participaient au convoi ne manquait à l’appel.
Avant l’aube, 124 militants issus d’une dizaine de pays musulmans sans
relations diplomatiques avec Israël avaient par ailleurs été expulsés
vers la Jordanie. Plusieurs d’entre eux ont affirmé à l’Associated
Press qu’ils avaient été privés de nourriture, d’eau, de sommeil et
d’accès à des toilettes lors de leur détention en Israël.
Dans la journée, le conseiller juridique du gouvernement d’Israël a
ordonné mercredi l’expulsion de tous les militants interpellés. Les
autorités israéliennes avaient d’abord dit envisager des poursuites
contre une cinquantaine de militants soupçonnés de violence, mais
Yehuda Weinstein a considéré que « les garder ici causerait plus de
dommages aux intérêts vitaux du pays que de bien ». Des responsables
israéliens précisaient sous couvert de l’anonymat qu’il s’agissait de
tenter de limiter les dégâts causés à la relation avec Ankara.
Environ 400 Turcs se trouvaient à bord du convoi de six navires à
destination de Gaza visés lundi par l’opération des commandos
israéliens alors qu’ils naviguaient dans les eaux internationales. Neuf
militants pro-palestiniens ont été tués au total.
Israël assure que ses soldats n’ont ouvert le feu qu’après avoir été
attaqués par les militants. Ces derniers disent qu’ils tentaient
d’acheminer de l’aide pour la Bande de Gaza en rompant le blocus imposé
par Israël depuis la prise du pouvoir du mouvement islamiste du Hamas
dans le territoire palestinien en 2007.
La Turquie avait menacé mercredi de réexaminer ses liens avec Israël si
tous ses ressortissants n’étaient pas libérés avant la fin de la
journée. Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmed Davutoglu a
également réclamé une commission d’enquête internationale sur les
morts. Le gouvernement turc a aussi fait savoir que 15 Turcs blessés
seraient rapatriés à Ankara où ils seront entendus par des procureurs
d’Etat qui pourraient lancer des poursuites contre les responsables de
leurs blessures, selon l’agence turque Anatolie.
Dans la journée, le Parlement turc a débattu d’éventuelles sanctions
militaires et économiques contre Israël. Mais les parlementaires du
parti de la Justice et du Développement (AKP) du premier ministre Recep
Tayyip Erdogan se sont opposés à de telles mesures, voulant apparemment
éviter une escalade.
Néanmoins, dans une déclaration approuvée par un vote à mains levées,
les parlementaires turcs ont réclamé qu’Israël présente des excuses
officielles, verse des compensations aux victimes et traduise en
justice les responsables. « Le Parlement attend que le gouvernement turc
revoie les relations politiques, militaires et économiques avec Israël
et prenne des mesures efficaces », ajoute la déclaration.
Mercredi, des centaines de Turcs ont manifesté, pour la troisième
journée consécutive, pour protester contre le raid israélien, et un
grand rassemblement était prévu à Istanbul pour saluer le retour des
militants turcs. De leur côté, les familles des diplomates israéliens
en poste en Turquie s’apprêtaient à quitter le pays sur ordre du
gouvernement israélien.
Le ministre turc de l’Intérieur Besir Atalay a par ailleurs annoncé un
renforcement du dispositif de sécurité pour protéger la communauté
juive ainsi que les missions diplomatiques israéliennes.
Par ailleurs, l’Egypte a assoupli de son côté son propre bouclage de
Gaza, ouvrant le point de passage de la ville de Rafah, d’où environ
300 Palestiniens ont pu gagner l’Egypte. Un petit nombre est entré dans
le territoire palestinien, ainsi que de l’aide humanitaire.