Le roi de la F1 se réveillera-t-il à Montréal?
Le plus grand champion du monde de F1 revient pour un tour de piste. Mais le retour de Michael Schumacher n’a pas (encore) l’éclat qu’il aurait souhaité.
Brésil, fin de la saison 2006 : le détenteur de sept championnats du monde de F1 prend sa retraite. Du moins, c’est ce qu’il croit. Car la fièvre d’un métier qu’il a mené d’une main de maître aura bientôt raison de lui : après trois ans d’absence, où il a quand même fait des essais pour Ferrari, s’est amusé en kart et (un peu moins) en moto, il est de retour pour la saison 2010 derrière le volant d’une monoplace de F1.
Pas chez Ferrari cependant, où il a pourtant bossé depuis 1996. Non, plutôt chez Mercedes, dans le bolide qui succède à celui-là même qui a permis à Jenson Button de remporter le championnat de F1 l’an dernier. C’est dire qu’on en attendait beaucoup, de ce duo allemand pilote-voiture. Trop peut-être?
À 41 ans, Michael Schumacher est indéniablement en grande forme physique, malgré une sérieuse blessure au cou qu’il s’est infligée dans une compétition de moto pendant son absence de la F1. Il a également l’avantage, avec le Brésilien Rubens Barrichello, d’être l’un des seuls pilotes de l’actuelle grille qui soit assez vieux pour avoir piloté des monoplaces au réservoir plein d’essence. Rappelons que 2010 est la première année de la nouvelle réglementation, qui interdit désormais le plein de carburant en course. Schumacher, donc, a déjà eu à ménager pneus et voiture.
Mais voilà, la première course de la saison, à Bahreïn, l’a vu terminer en sixième place, quatre longues secondes derrière son jeune coéquipier, Nico Rosberg (un autre Allemand). Les six courses suivantes ne lui ont permis de terminer devant Rosberg qu’à deux reprises, et jamais sur le podium.
Pas facile, le retour du roi de la F1… Il faut savoir que durant toute sa carrière (249 courses avant que la saison 2010 ne débute), il n’y a qu’à deux reprises où il a été battu à la fois en qualifi-cations et en piste par ses co-équipiers (en 2004 par Rubens Barrichello et en 2006 par Felipe Massa) pendant deux Grand Prix de suite. Quand même…
Bertrand Godin, le plus sympathique des pilotes québécois, avait prévu cette évolution : «Il faut savoir que l’expérience, c’est une chose, mais que ça en est une autre de conduire une nouvelle voiture. Dites-vous que c’est comme si Michael avait quitté la F1 comme pianiste, et qu’il y revenait comme trompettiste. Il connaît la musique, mais il faut qu’il apprenne à jouer de l’instrument.»
Ajoutez à cela des voitures légèrement plus grandes (en moyenne 10 à 15 cm) et aussi plus lourdes, question d’accommoder un réservoir qui doit désormais contenir au moins 160 kilos d’essence, et vous avez un aperçu des quelques obstacles qui parsèment la route de Schumacher vers un huitième titre mondial.
D’autant plus qu’on peut dire que la saison 2010 est chaudement disputée. Quatre champions du monde y bataillent – Schumacher, mais aussi Fernando Alonso (en 2005 et en 2006), Lewis Hamilton (en 2008, devenant le plus jeune pilote à remporter les honneurs) et Jenson Button (l’an dernier). D’autres jeunes loups, notamment l’Allemand Sebastian Vettel sur Red Bull, sont aussi fort prometteurs.
Qu’importe, le grand promoteur de la F1, Bernie Ecclestone, croit encore en Schumacher. En début de saison, il confiait au magazine britannique F1 : «Les gens, moi y compris, attendent de granÂdes choses de Michael, et je crois qu’il n’y a aucune raison pour qu’il ne remporte pas le championnat si la voiture est suffisamment bonne.» L’histoire ne dit pas si cette croyance vaut pour la saison 2010 ou pour la suivante.
Car après sept courses, dont une qu’il n’a pu terminer en raison d’un ennui mécanique, Schumacher n’a engrangé que 34 points. C’est environ deux fois moins que son jeune coéquipier, Nico Rosberg, et c’est surtout presque trois fois moins que les 93 points récoltés jusqu’ici par l’Australien Mark Webber, le meneur sur Red Bull. Mais comme le dit si bien Bertrand Godin : «On voit le bon pilote quand ça va mal, pas quand ça va bien…»
La plus longue carrière
S’il avait arrêté de courir au Brésil en 2006, Michael Schumacher aurait revendiqué la sixième plus longue carrière en F1, avec 15 ans, un mois et 7 jours, à partir de ses débuts en 1991. L’Allemand aurait été supplanté par les 17 ans de Rubens Barrichello, de même que par les 16 ans de Graham Hill, Luca Badoer et Riccardo Patrese.
Mais voilà, avec la saison 2010 dans laquelle il s’est engagé, Schumacher peut désormais prétendre à la plus longue carrière en F1. Lorsqu’il s’élancera sur le circuit Gilles-Villeneuve aujourd’hui, il aura à son actif quelque 18 ans, 9 mois et des poussières de carrière.
Le roi de la piste en chiffres
- Michael Schumacher, c’est 91 Grand Prix remportés, 68 positions de tête et 76 meilleurs tours en course.
- Avant le début de la saison 2010, le pilote de 41 ans avait cumulé 66 163 km en piste. C’est à peine moins que les 70 042 km de Rubens Barrichello (soit le cinquième de la distance séparant la Terre de la Lune), mais beaucoup plus que les 51 499 km de Jarno Trulli ou les 42 923 km de Jenson Button.
- Tout au long de sa carrière en F1, Michael Schumacher a mené durant un nombre impressionnant de tours : 5 108, soit assez pour mener tous les tours des 85 prochains Grand Prix…