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Katarzyna Bojarska: Quand le sexe se mêle de politique

Adam Weglowski - Metro World News

Depuis toujours, sexe et politique entretiennent des rapports ambigus. De la guerre de Troie, qui aurait eu lieu en 1250 av. J.-C., jusqu’à la tentative de destitution qui a visé Bill Clinton en 1998, en passant par Jules César, Henri VIII et Catheri­ne II, nombre de dirigeants ont tout risqué pour l’amour – ou du moins pour une nuit d’amour… Métro s’est entre­tenu avec Katarzyna Bojarska, sexologue et universitaire russe, qui étudie les manières dont les pulsions sexuelles ont pu influencer le cours de l’histoire.

Est-ce que les pulsions sexuelles ont réellement poussé les gens à s’entretuer au cours de l’histoire?
À l’époque où l’on situe la guerre de Troie, les femmes étaient considérées comme la propriété des hommes plutôt que comme leurs partenaires. La belle Hélène était un trophée. Par consé­quent, les causes de cette guerre n’ont pas unique­ment été le désir sexuel, mais également la volonté de montrer qui avait le pouvoir. Reste que, oui, certains conflits ont pour origine la pulsion sexuelle. Prenez l’exemple de deux hommes se battant pour une femme et cher­chant ainsi à montrer leur virilité. La pulsion sexu­elle ou la jalousie peuvent parfois perturber la pensée rationnelle. Par le passé, les conséquences politiques de ces «guerres sexuelles» entre person­na­ges puis­sants ont affecté la vie de sociétés entières.

Le libertinage de Henri VIII d’Angleterre a provoqué des conflits internationaux. Cela pourrait-il se produire aujourd’hui?
Les aventures d’Henri VIII étaient davantage liées à des décisions politiques qu’à des choix de nature privée et avaient plus à voir avec les règles de succes­sion qu’avec le désir sexuel. De nos jours, la vie amoureuse des personnages publics ne devrait pas faire l’objet de débats publics tant que ces derniers n’enfreignent pas les droits et libertés des autres. Du moins en théo­rie. En pratique, cependant, la vie privée des personnages publics tend encore à être jugée moralement par la société à laquelle ils appartiennent, surtout lorsqu’ils ne se conforment pas aux valeurs sexuelles traditionnelles, et ce, même s’ils ne font de mal à personne.

Il y a 2 400 ans, Aristophane a écrit Lysistrata, une pièce comique sur une femme qui essaie d’arrêter une guerre en incitant les autres femmes à entamer une grève du sexe. Pensez-vous qu’une telle mesure pourrait fonctionner de nos jours?
L’expression de la sexua­lité est culturelle, mais la pulsion sexuelle est un phéno­mène biologique­ment déterminé. Pour cette raison, la privation sexuelle pourrait en théorie être une stratégie efficace pour influencer autrui. Certaines personnes utilisent d’ailleurs le sexe comme outil d’influ­ence dans leurs relations, mais l’efficacité d’une telle manipulation dépend évidemment des parte­nai­res impliqués. À cela il faut ajouter que la privation de rapports sexuels peut être compensée de plusieurs manières. Certains, par exemple, pourront chercher satisfaction ailleurs, tandis que d’autres iront jusqu’à recourir à la violence contre leur partenaire.  Propos recueillis par

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