Le bal des milliardaires chinois
Cela aurait pu être un bal. Ce fut un dîner. Au Château Maison-Laffitte, non pas en Île-de-France près de Paris, mais à une trentaine de kilomètres de Beijing. Un clone. Une folie de nouveau riche. Bill Gates et Warren Buffet avaient convié des milliardaires chinois à réfléchir sur la charité. Une cinquantaine d’entre eux ont répondu à l’appel.
Zong Qinghou, l’homme le plus riche de Chine, brillait par son absence. Un seul milliardaire a promis de remettre toute sa fortune à des Å“uvres caritatives. Mais, à sa mort seulement. La moyenne d’âge des milliardaires de l’empire du Milieu est de 39 ans. Les Chinois tirant tous les jours le diable par la queue, avec leur salaire mensuel d’une centaine de dollars, devront être patients.
Les grosses fortunes de la «manufacture du monde» sont-elles pingres? Oui, comme la plupart des riches. Aux États-Unis, la philanthropie se chiffre annuellement à plus de 300 G$. Gates et Buffet «dilapident» peut-être leur fortune, mais l’essentiel des dons provient de la classe moyenne.
En Chine, le culte de la philanthropie est encore embryonnaire parmi les quelque 200 milliardaires, trop occupés à afficher leur richesse. Grâce à eux, aux milliers de millionnaires et à une classe moyenne en pleine expansion, leur pays est en train de devenir le plus grand marché mondial des produits de luxe.
Mais, en se déplaçant à Beijing, Gates et Buffet (deuxième et troisième fortunes mondiales) avaient sans doute en tête ce dicton chinois : «Le clou qui ressort se fait marteler.» Dans un pays où les paysans (900 millions) ont un revenu trois fois inférieur à celui des citadins et où les grandes fortunes se sont surtout bâties grâce à la corruption, il est sage de penser à redistribuer sa richesse.
Devenir philanthrope n’est donc pas un geste purement gratuit. Surtout face à l’impôt. Gates et Buffet sont les premiers à le savoir. Mais, ce message, ils auraient dû l’offrir aux «milliardaires de l’ombre» (les hauts fonctionnaires du Parti communiste). Ils sont sans doute plus nombreux que ceux qui s’affichent avec leurs bijoux et châteaux. Ils préfèrent rester anonymes. On les comprend. Eux seuls, cependant, peuvent réduire les inégalités sociales abyssales. La Chine a besoin de beaucoup plus que de «philanthro-capitalisme» avec sa valse de milliards.