Nomade californien
«On est un!» «Une planète, un peuple!» «Dieu vous aime!» Le messager qui discourt ainsi porte une barbe grise et touffue; ses cheveux longs sont ébouriffés, malgré la queue de cheval et la casquette; sa panse déborde d’un t-shirt évoquant le Machu Picchu… et les plants péruviens de coca. Mais derrière les verres fumés, les yeux sont du bleu le plus délavé qui soit; le regard est perçant, rieur.
Voici Brother Feather One, qui se targue d’être un hippie californien professionnel. Et de vivre comme ça depuis… «Quinze années, dont les huit dernières à Santa Barbara», précise-t-il.
Tout ce temps, il l’a passé au bord du Pacifique à inciter les passants à le pho-tographier, puis à faire une «offrande de l’amour» dans son globe terrestre, disposé bien en vue sur un piédestal.
Brother Feather One, vraiment? Mais ne cherchez pas son véritable nom, il ne vous le dira pas. Par contre, il vous parlera volontiers de son Dodge Sportsman 1976, acheté il y a 25 ans et qui en est à son deuxième moteur.
Combien de kilomètres a effectué cette fourgonnette? «J’sais pas», répond-il. D’ailleurs, est-ce important? Ce qui compte pour lui, ce sont plutôt les milliers de figurines qui saturent la carrosserie de son Temple de l’amour. Personnages de bande dessinée, aimants décoratifs de villages et de pays, vedettes de cinéma et de musique…
Ici, les Beatles. Là, les personnages d’Avatar côtoyant ceux de Star Wars. Bien installé au volant, un Scooby-Doo presque grandeur nature. Et au-dessus du pare-choc arrière, bien sanglé, un réservoir de «Sustainable Hemp» (traduction libre : chanvre durable).
Un message d’espoir par ici, une ode au cannabis par là… et la Joconde avec son sourire, peut-être attribuable cette fois à ce qu’elle tient à la main. De l’«inspirational art expression», soutient Brother Feather One.
Mais quand même, ça roule toujours, ce Sportsman? «Bien sûr! Chaque année, je traverse le continent pour participer au rendez-vous Peace and Love.» Me semblait bien…