L'enseignement, plus attirant pour les femmes
Au Québec, 87 % des enseignants dans les établissements d’enseignement préscolaire et primaire sont des femmes. Très peu d’hommes choisissent en effet de faire partie du quotidien des jeunes enfants.
Quand on sait que le décrochage affecte davantage les garçons que les filles, faut-il s’inquiéter du manque de modèles masculins dans le développement des jeunes garçons? «Personnellement, je ne pense pas que ce soit une catastrophe, avance François Larose, professeur en enseignement du primaire à l’Université de Sherbrooke spécialisé en psychoéducation. Nous avons beaucoup plus de préoccupations politiques ou philosophiques à ce sujet que de démonstrations scientifiques qui prouveraient qu’il existe actuellement un problème à cet égard dans notre système.»
Marc Bigras, professeur en psychologie à l’UQAM, croit même que les garçons ont plus de chances de réussir quand c’est une femme qui leur enseigne. «D’un point de vue scientifique, les garçons ne souffrent pas du manque de figures masculines à l’école», précise-t-il. Le spécialiste en réussite du primaire rappelle qu’au bout du compte, même si les garçons ont un taux de décrochage plus élevé que les filles, ils réussissent mieux financièrement sur le marché du travail.
Toutefois, les deux spécialistes s’entendent pour dire que plus d’hommes dans la profession ne serait pas du tout une mauvaise chose. «Actuellement, il y a toutes sortes de programmes pour inciter les garçons à devenir des enseignants, soulève
M. Bigras. Moi, je trouve que c’est une excellente idée, parce que l’école doit être représentative de la société, c’est-à-dire composée à moitié d’hommes et à moitié de femmes.» «Oui, je trouve que ce serait plus souhaitable qu’il y ait plus d’hommes qui enseignent au primaire, d’abord parce que c’est un beau métier, et ensuite notamment pour les clientèles de milieux vulnérables qui n’ont qu’un seul modèle parental», ajoute M. Larose.
Selon des études que Marc Bigras a réalisées, les pères et les mères ont des rôles quelque peu différents dans le développement de leur enfant. Par exemple, les pères vont davantage encourager la prise de risques, alors que les mères vont essayer d’éviter les situations dangereuses et miser sur le réconfort. Mais est-ce que cela peut se transposer au milieu scolaire? «La démonstration n’est pas encore claire, prévient Marc Bigras. Mais j’avancerais que oui, les hommes et les femmes vont agir de façon différente avec leurs élèves, notamment lorsqu’ils sont confrontés à de la turbulence de la part des jeunes garçons. Les enseignantes sont un peu moins tolérantes que leurs collègues masculins.»
Pas essentielle, donc, mais souhaitable, l’augmentation d’hommes dans le milieu scolaire primaire. Mais s’il y en a si peu, c’est d’abord une question de perception de la société, croit François Larose. «Il y a des tas de recherches qui suggèrent que sur le plan des changements de mentalité et de l’image que les enfants ont de leurs rôles sexués, il serait préférable d’avoir des modèles masculins en enseignement primaire et préscolaire. Le problème, c’est que ce que des études suggèrent et la réalité du changement des attitudes des gens, eh bien, ça fait deux!» illustre-t-il. La majorité de la population voit le métier d’enseignant au primaire comme du «quasi-maternage», selon le professeur, et celui-ci est donc plus associé aux femmes. Et… «ce n’est pas assez bien payé!» ajoute Marc Bigras.