Eric Schneiderman : de militant à présumé agresseur
NEW YORK — Il y a moins de trois mois, l’ex-procureur général de l’État de New York, Eric Schneiderman, s’est présenté devant les caméras de télévision pour annoncer une poursuite contre le producteur déchu Harvey Weinstein et sa maison de production relativement à des accusations d’inconduite sexuelle.
«Nous n’avons rien vu d’aussi méprisable que ce dont il est question ici», avait-il déclaré.
Mais depuis lundi, M. Schneiderman a vu sa carrière imploser en quelques heures, ayant été accusé d’avoir étouffé, giflé et menacé quatre femmes lors de relations intimes.
Les allégations, qui ont mené à la démission de l’homme de 63 ans lundi soir, ont été révélées dans un article du «New Yorker», qui avait aussi présenté un reportage fracassant sur Harvey Weinstein.
Il s’agit d’une chute abrupte pour un politicien qui s’était réclamé du mouvement #MeToo (#MoiAussi) et qui se présentait comme un fervent militant des droits des femmes, depuis qu’il a travaillé dans une clinique d’avortement à l’âge de 17 ans.
Ironie du sort, M. Schneiderman fait maintenant face à une enquête criminelle du bureau du procureur du district de Manhattan, le même que celui qui se penche sur le comportement de Harvey Weinstein.
Les allégations dont fait l’objet l’ex-procureur ont semé l’émoi chez les groupes de femmes, qui le considéraient comme un allié.
«C’était quelqu’un, comme nous, qui se présentait comme un défenseur et un champion du combat contre la violence fondée sur le genre», a déclaré Judy Harris Kluger, directrice principale du Sanctuary for Families, un organisme qui aide les victimes de violence conjugale.
«C’est une trahison considérable. Il n’y a pas d’autre façon de le dire», a-t-elle ajouté.
Sonia Ossorio, présidente de la section new-yorkaise de la National Organization for Women, affirme avoir eu un choc en apprenant la nouvelle.
«Quand on a si peu de (dirigeants masculins) qui font des droits des femmes une priorité, c’est comme recevoir une tonne de brique», a-t-elle lancé.
Des scandales à répétition
Il s’agit d’un autre scandale pour l’État de New York, qui a vu plusieurs hommes tomber relativement à des controverses de nature sexuelle. Avant lui, le gouverneur Eliot Spitzer avait dû démissionner pour un scandale lié à la prostitution, et le représentant Anthony Weiner a subi le même sort pour une histoire de sextage.
«C’est un moment de vérité — et maintenant la vérité est venue à lui», a réagi le maire de New York, Bill De Blasio, un autre démocrate.
Eric Schneiderman a annoncé sa démission tard lundi soir. Dans un communiqué, il indiqué que les allégations l’empêcheraient de mener à bien son travail, et qu’il quitterait ses fonctions à la fin de la journée de mardi.
Il a dit réfuter les allégations, ajoutant que les événements allégués ne sont pas liés à sa conduite professionnelle ou aux activités à son bureau.
Des femmes ont raconté au magazine «The New Yorker» avoir été giflées, étouffées, insultées et menacées par M. Schneider, sans leur consentement. L’une des femmes allègue avoir eu l’oreille en sang après sa rencontre, une autre dit avoir été giflée si fort qu’elle avait une marque le lendemain. Certaines l’ont décrit comme un grand buveur.
Une autre des femmes qui a parlé au «New Yorker», Tanya Selvaratnam, affirme que M. Schneiderman a commencé à lui dire qu’elle était son «esclave brune» quelques semaines après le début de leur relation. Mme Selvaratnam est d’origine sri-lankaise.
L’homme de 63 ans a affirmé qu’il avait pris part «à des jeux de rôle et à d’autres activités sexuelles consensuelles», mais qu’il n’avait jamais agressé personne.