L’Amérique captivée par l’audition de Kavanaugh
Ils ont regardé dans les bars, les bus, en voiture et même dans Air Force One: les Américains étaient captivés jeudi par les auditions au Sénat de Brett Kavanaugh, candidat à la Cour suprême américaine, et de la femme qui l’accuse d’agression sexuelle dans les années 1980.
Il y a deux semaines, le destin de ce magistrat de 53 ans, conservateur et catholique pratiquant, était tout tracé. Jeudi, c’était un juge en colère qui s’est défendu bec et ongles face aux accusations d’agressions sexuelles, de l’exhibitionnisme à la tentative de viol. Près de 60% des Américains ont dit vouloir suivre de près ou de loin ces auditions, selon un sondage de l’institut Marist.
À Los Angeles, des étudiants en journalisme de l’université de Californie du Sud étaient réunis pour regarder les débats, diffusés en direct toute la journée par les grandes chaînes d’information.
Et la sentence est irrévocable. «Il devrait être derrière les barreaux», juge Cameron Keel, une étudiante en journalisme de 19 ans qui a pris le parti de Christine Blasey Ford. «Quatre femmes différentes se sont exprimées et ce n’est pas un accident», explique-t-elle.
L’enseignante en psychologie de Palo Alto, près de San Francisco, a confirmé ses déclarations parues dans la presse. Alors qu’elle avait 15 ans, le jeune Brett Kavanaugh a tenté selon elle de la violer lors d’une soirée entre lycéens à l’été 1982, sous les yeux d’un complice. Tout en retenue et parfois submergée par l’émotion, elle a expliqué être sortie de l’ombre par «devoir civique».
Honte nationale
Le juge Brett Kavanaugh a dénoncé jeudi une «honte nationale» au Sénat américain, martelant qu’il ne retirerait pas sa candidature à la Cour suprême malgré l’accusation d’agression sexuelle formulée par Christine Blasey Ford.
«Personne ne me fera me retirer de ce processus», a déclaré le juge Kavanaugh, la voix furieuse, dans une déclaration liminaire offensive une heure après la fin du témoignage, dans la même salle, de l’universitaire qui l’accuse de ces faits en 1982, alors qu’il avait 17 ans et elle 15 ans.
«Vous me vaincrez peut-être lors du vote final, mais vous ne me ferez jamais jeter l’éponge. Jamais», a-t-il dit devant les 21 sénateurs de la commission judiciaire.
«Je suis innocent», a-t-il ajouté, cette fois au bord des larmes en parlant de l’effet de la controverse sur sa famille.
«Je n’ai jamais agressé sexuellement quiconque, ni au lycée, ni à l’université», a dit le juge de 53 ans, répétant qu’aucune accusation de la sorte n’avait jamais été formulée à son encontre au cours de sa carrière de juriste et de juge fédéral.
Il a ensuite entamé une réfutation point par point des accusations de Mme Ford, soulignant les trous de mémoire et les imprécisions géographiques ou temporelles de son témoignage.
Sa femme assise derrière lui, le juge a plusieurs fois pleuré en se défendant, dans un silence de plomb.
«Terrifiée»
Plus tôt jeudi, l’universitaire Christine Blasey Ford a accusé sous serment le candidat de Donald Trump à la Cour suprême de l’avoir agressée sexuellement en 1982, lors d’une audience historique au Sénat. Elle s’est dite «terrifiée», mais habitée par le sens du «devoir» au début de son témoignage.
La voix tremblante mais sûre d’elle «à 100%», la chercheuse en psychologie de 51 ans a accusé le juge Brett Kavanaugh d’avoir tenté de la violer lors d’une soirée entre lycéens, un épisode qui a «radicalement» changé sa «vie».
«Je croyais qu’il allait me violer», a-t-elle dit, au bord des larmes, en racontant avec des détails poignants cette soirée.
«Pendant très longtemps, j’avais trop peur et trop honte de le raconter en détails à qui que ce soit», a-t-elle dit pour expliquer pourquoi elle avait longtemps gardé le silence sur cette agression qui est revenue la «hanter épisodiquement» dans sa vie d’adulte.
Selon elle, Brett Kavanaugh et un ami, Mark Judge, l’ont agressée lors d’une soirée alors qu’ils étaient «complètement ivres». Brett Kavanaugh l’aurait maintenue de force sur un lit, avant de tenter de lui retirer ses vêtements. Il lui aurait aussi couvert la bouche avec la main pour l’empêcher de crier. Elle aurait finalement pu se dégager de son étreinte et quitter la pièce.
Le magistrat conservateur de 53 ans nie catégoriquement. Il sera entendu après elle par la commission judiciaire du Sénat lors de cette audience retransmise en direct sur des millions d’écrans.
Si son accusatrice parvient à convaincre le président Trump, qui a visionné l’audience à bord d’Air Force One, celui-ci a fait savoir qu’il pourrait renoncer à son candidat et lui chercher un remplaçant. Le président est rentré jeudi de New York, où il a participé à l’assemblée générale de l’ONU.