Braises congolaises
L’éléphant a-t-il peur de la souris? L’énorme Congo semble en tout cas pétrifié par le tout petit Rwanda.
Les deux anciennes colonies belges sont à couteaux tirés depuis une vingtaine d’années. Kinshasa accuse Kigali de soutenir toutes les rébellions secouant la très riche région minière du Kivu et de vouloir même la détacher du plus grand pays d’Afrique noire.
Le Rwanda nie tout, mais la présence d’anciens génocidaires dans l’est congolais, même en petit nombre, n’a rien de rassurant pour un pays toujours hanté par les massacres à la machette de 1994, qui firent 800 000 morts en 100 jours.
Pour y avoir mis fin, Paul Kagame, l’homme fort de Kigali, est devenu le chouchou de l’Occident. Au fil des ans, il a fait de son pays de 26 000 km2 un modèle de développement économique du continent et s’est attiré les louanges de toute la «communauté internationale» en envoyant 2 000 hommes pour maintenir la paix au Darfour.
Mais Kagame considère le Kivu comme une extension de son pays : les Banyarwandas qui y vivent ne sont-ils pas d’origine rwandaise, incorporés au Congo belge lors de la colonisation?
Le Pays des mille collines n’a peut-être pas les moyens de l’annexer, mais il a l’ambition d’y exercer un contrôle permanent, en s’appuyant notamment sur le M23. Bras armé du Rwanda, ce groupe de 1 500 rebelles congolais, en majorité tutsis, ne cesse d’humilier l’armée en lambeaux de Kinshasa qui ne s’est jamais remise de la chute du dictateur Mobutu Sese Seko en 1997.
Le petit Rwanda, qui produit essentiellement du café, profite au maximum de la déstabilisation du Kivu frontalier. Cela lui permet d’exporter ses précieux minerais tels que la cassitérite, élément indispensable à la fabrication de téléphones portables et d’ordinateurs notamment.
On le voit, les questions ethniques (protéger les «cousins rwandais») sont totalement secondaires.
Pendant ce temps, la «communauté internationale» garde toujours le silence. Certes, elle a envoyé 6 700 Casques bleus au Nord-Kivu, mais ils restent souvent les bras croisés, n’ayant pas le mandat d’intervenir militairement.
Tous les prétextes sont bons pour piller les trésors du Kivu, et les pays frontaliers – pas seulement le Rwanda – ont toutes les raisons d’attiser les braises congolaises pour mieux relancer les guerres avec leurs cortèges de morts et de réfugiés.