Pas encore des manifs?
J’ai vraiment eu peur d’être devenue matante. Quand j’ai vu que les étudiants ressortaient leurs drapeaux rouges, que les hélicoptères se remettaient à tourner dans le ciel, que le printemps reprenait du service, j’ai ressenti à l’intérieur de moi un grand soupir. Un vrai soupir de vieille bobo tannée de voir son petit quotidien pépère être bousculé par le brouhaha de gens pas contents.
Pourtant, pas plus tard qu’au printemps dernier, j’étais totalement émue par le soulèvement étudiant, j’étais de tout cœur avec la cause.
Je vais vous le dire comme Passe-Partout : je n’étais pas très fière de moi. Puis, j’ai réalisé que ce n’était pas le brouhaha qui me décourageait. J’étais découragée comme quand, après avoir donné trois couches de peinture, tu réalises qu’il en faudrait une quatrième, et peut-être même une cinquième. J’étais découragée qu’on n’ait pas encore réglé ça. Et si j’étais aussi découragée, c’est parce que j’étais tellement confiante que Pauline Marois saurait régler d’une main de maître le conflit étudiant. Si on veut poursuivre dans l’analogie de la peinture : j’étais confiante comme quand t’es rendu à la deuxième couche et que tu penses qu’à la troisième, ça devrait être beau.
Dans le grand portrait que publiait L’Actualité l’été dernier, le discours de Pauline Marois me rassurait comme celui d’une professeure de maternelle : «On va asseoir tout le monde à la table et on regardera différents scénarios. Faut que t’acceptes d’écouter, de te laisser un peu convaincre, influencer. Des fois, les solutions sont plus intéressantes quand elles viennent de la base. La concertation, ça donne des solutions plus durables, auxquelles les gens adhèrent. Pis t’évites des conflits.»
Dans ce même portrait, la journaliste donnait des exemples des fois où Pauline Marois avait fait appel à cette tactique. La fois avec les employés de la fonction publique quand elle était présidente du Conseil du Trésor. La fois où elle avait négocié avec les étudiants dans les années 1990. Tout semblait indiquer que l’approche Marois fonctionnait. Que les différents acteurs en venaient à comprendre les positions de chacun et que tout ça produisait un climat d’empathie.
J’étais donc confiante qu’un gouvernement Marois écouterait les demandes des étudiants. Et qu’en sentant qu’ils étaient écoutés, que leurs préoccupations étaient prises en considération, les étudiants seraient prêts à mettre un peu d’eau dans leur vin. Que devant un mur de bonne volonté, ils n’auraient pas le choix d’accepter les concessions imposées par la réalité budgétaire.
Mais les étudiants ne se sont pas fait entendre. Ils se sont butés à un autre mur, celui érigé par la rigidité du Sommet sur l’éducation supérieure. Ça aurait été quoi, sérieux, d’écouter?
J’étais peut-être naïve, donc, mais pas matante. Emmenez-en, des manifestations, du brouhaha d’hélicoptères et, pourquoi pas, des casseroles! On peinturera autant de couches qu’il le faudra. Par contre, on risque de compter sur un peu moins de bras : de vieux bobos qui commencent à trouver la cause de moins en moins noble, il y en a.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.