Se développer à 300 à l’heure
Pendant que les formule un vrombissent sur la piste, Andreas Sigl, chef de produits et responsable des sports motorisés de Infiniti sourit. Car pour lui, chaque tour que les voitures font devant le peloton ou en position concurrentielle est une visibilité spectaculaire, sur laquelle il compte pour justifier l’engagement de sa compagnie dans le sport motorisé.
Un investissement dont la valeur n’a pas été dévoilé, mais sur laquelle repose littéralement le développement mondial de la marque. Car rappelons-le, jusqu’à il y a quelques années à peine, la bannière Infiniti était réservée au marché nord-américain, malgré la fabrication des voitures au Japon.
Aujourd’hui, toute la stratégie du constructeur japonais, bannière de luxe de la famille Nissan, repose directement sur la globalisation et sur l’étalement du marché aux quatre coins du monde. Une stratégie que Johan de Nychssen, président et directeur général de Infiniti, explique avec assurance.
Là où les voitures roulent
«Infiniti a changé de vision. Terminées les voitures uniquement nord-américaines, la rentabilité passe désormais par la mondialisation», a-t-il précisé en entrevue. C’est dans cet esprit que Infiniti a relogé son siège social à Hong Kong il y a tout juste quelques mois, et a entrepris toute une stratégie d’étalement qui permettra de promouvoir les ventes sur les autres territoires.
La risque est cependant grand car pour y arriver, il a fallu notamment revoir l’ensemble de la nomenclature des véhicules déjà vendus et qui prendront une nouvelle appellation des 2014; les voitures passagers seront désormais connues sous nom de Q, alors que les utilitaires jumelleront les lettres Q et X. «Ce n’est pas vraiment une préoccupation. Nos clients actuels ne verront la différence que dans les nouveaux modèles, alors que les nouveaux marchés découvriront nos produits sous leur nouvelle appellation. La décision de modifier la nomenclature n’a été qu’une étape dans le processus de globalisation, mais je pense qu’elle est le reflet de notre réalité: une marque haut de gamme avec des appellations distinctives», a poursuivi le président.
Mais pour lui comme pour son directeur du projet Formule Un, le grand cirque de la course est la clé qui leur permettra de pénétrer les marchés à ce jour inexplorés. «Les marchés asiatiques et du Moyen Orient ont besoin de nouvelles marques de voitures de haut de gamme, et nous leur démontrons d’abord notre savoir-faire technique sur la piste, avant de se lancer dans la commercialisation locale.»
Pour Andreas Sigl, la stratégie porte déjà ses fruits. Les victoires successives de Sebastian Vettel, et même à l’occasion les déboires malheureux de son coéquipier Mark Webber se traduisent littéralement en espace publicitaire gratuit. «Selon nos estimations, l’an dernier, nous avons reçu une valeur médiatique supérieure à 250 millions de dollars, ce qui est bien supérieur à l’investissement réellement exigé pour devenir le partenaire de Red Bull dans cette aventure», a-t-il expliqué.
La suite des événements semble lui donner raison puisque depuis quelques semaines, Honda, qui avait abandonné la partie il y a quelques années, a annoncé officiellement son retour en devenant le fournisseur de moteur de McLaren. «La F1 est une prétexte, mais un beau prétexte. Nous avons un plan de globalisation, que nous avons réduit en 2011, mais qui devrait nous permettre de couvrir le monde entier d’ici quelques années. Et la Formule Un est des clés de ce succès, tout comme l’est notre partenariat mondial avec le Cirque du Soleil depuis quelques années», a précisé le président Johan de Nychssen.
Déjà, la compagnie Infiniti entrevoit une hausse importante de ses ventes d’ici quelques années, et anticipe l’augmentation de ses infrastructures manufacturières. Dès l’an prochain, une nouvelle usine ouvrira officiellement ses portes à Sunderland, en Angleterre. Mais des pourparlers sont aussi en cours pour l’ouverture éventuelle d’une unité de production en Amérique du Nord.
Le ministre de l’Industrie du Canada, Christian Paradis, a d’ailleurs profité d’un passage à Hong Kong pour discuter d’une implantation au Canada, mais selon le PDG de Infiniti, rien n’est encore définitif, et à la fois le Mexique et les États-Unis sont du nombre des sites potentiels.