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Y a-t-il une pénurie de main-d’oeuvre au Canada?

La fameuse pénurie de main-d’oeuvre au Canada n’aurait pas l’ampleur d’une crise, selon un nouveau rapport de la Banque TD. Cette pénurie de main-d’œuvre, décrite comme «grave» par le premier ministre Stephen Harper, semble surtout servir à justifier en partie la réforme impopulaire de l’assurance-emploi. Le gouvernement fédéral avait aussi évoqué cette raison pour légitimer ses politiques en matière d’immigration de travailleurs temporaires.

Or, le manque d’effectifs, bien réel, ne devrait pas être perçu comme une crise, selon la nouvelle étude de la Banque TD. Les économistes de la TD ont notamment analysé les taux de vacances pour environ 140 professions et ont découvert qu’ils ne sont que légèrement plus élevés que la moyenne.

Le manque de personnel serait en fait limité à certaines zones géographiques, comme l’Alberta et la Saskatchewan, sans toutefois atteindre des proportions catastrophiques.

Le rapport se penche aussi sur d’autres indicateurs, notamment les taux de rémunération, en supposant qu’une rareté de candidats aurait tiré à la hausse les salaires offerts par les employeurs. Or, ce n’est pas le cas. Des augmentations de l’ordre de 5% s’observaient avant la récession, mais le phénomène s’est atténué depuis. Ces hausses n’ont donc pas été aussi importantes qu’on aurait pu l’imaginer, même dans l’Ouest canadien.

Surtout, la situation ne semble pas avoir empiré ces dernières années. La Banque du Canada, dans sa dernière enquête sur les perspectives des entreprises, indiquait d’ailleurs pour l’automne 2013: «La majorité considère que l’ampleur des pénuries de main-d’œuvre n’a pas vraiment changé par rapport à il y a 12 mois.» Cette situation devrait demeurer stable dans les prochaines années, puisque les baby-boomers ont tendance à repousser le moment de la retraite.

Le rapport se fait aussi rassurant par rapport à une autre inquiétude répandue, celle du mythe de la «génération perdue». Les disparités entre la formation et les compétences nécessaires à l’emploi existent, mais elles ne prennent – et ne prendront – pas des proportions extrêmes. Les perspectives pour les diplômés récents, y compris ceux possédant un diplôme en sciences sociales, sont meilleures que ce que laisse croire l’opinion actuelle, plutôt pessimiste.

«Les perceptions peuvent parfois voler de leurs propres ailes, et ce, même si elles ne reposent sur aucun fait indéniable», souligne Derek Burleton, économiste en chef chez TD et coauteur de l’étude.

Cela dit, malgré ce solide bilan, il presse les gouvernements, les entreprises et les enseignants de concentrer leurs efforts sur la formation «d’une main-d’œuvre de calibre mondial pour le 21e siècle». Il les appelle à adopter des mesures vigoureuses pour le perfectionnement des compétences.

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