La diplomatie canadienne au service du dollar
Après avoir jeté aux orties ses habits de «courtier honnête», le Canada a finalement trouvé sa voie sur la scène internationale : la «diplomatie du dollar».
À la célèbre formule américaine, le premier ministre Stephen Harper préfère celle de «diplomatie économique», annoncée mercredi. Elle a une connotation moins péjorative. Mais, dans les deux cas, l’objectif suprême est le même. Coûte que coûte, il faut promouvoir les intérêts commerciaux du pays par le canal des banquiers et des industriels. Pour les États-Unis, cela peut passer par le soutien à des dictatures et à des «démocraties à temps partiel».
Et pour le Canada? Le scénario ne peut guère être différent. Ottawa n’a-t-il pas longtemps fermé les yeux sur les exactions du régime Kadhafi afin de permettre à SNC-Lavalin de fleurir en Libye?
Tous les pays, c’est bien connu, n’ont pas d’amis, mais des intérêts. Ce qui importe, c’est la diplomatie des gros contrats. Tous clameront ne jamais renoncer à défendre les droits de la personne pour de viles questions pécuniaires.
Avec la Chine, par exemple, Harper n’a jamais mâché ses mots, contrairement à Jean Chrétien et à Paul Martin. Il a même donné au dalaï-lama une citoyenneté canadienne honorifique.
En 2012, lors de sa dernière visite à Beijing, il n’a cependant pas prononcé le nom du dissident Liu Xiabo, prix Nobel de la paix. La diplomatie mercantile l’a finalement emporté, la Chine étant devenue un partenaire essentiel aux exportations canadiennes.
Certes, Ottawa continuera à dénoncer, ici et là, les violations des droits de la personne comme il l’a fait récemment avec le Sri Lanka, mais cette île de l’Océan indien se classe au 49e rang sur la liste de ses exportations.
Dans tous les cas, la «diplomatie économique» n’est pas soluble dans la «diplomatie de punition». Le commerce international restera toujours vital pour une puissance très moyenne comme le Canada où un emploi sur cinq est lié à l’exportation et où 10 % des investissements à l’étranger proviennent de son industrie minière, qui a d’ailleurs mauvaise presse dans la plupart des pays où elle opère.
La «diplomatie économique» a le mérite d’être claire. Qu’importe si elle écorne l’image idéalisée du Canada qui pendant des décennies disait œuvrer pour le bien de l’humanité à travers les Casques bleus de l’ONU (invention de Lester B. Pearson) et le multilatéralisme.
Une telle stratégie était d’ailleurs trop collée au Parti libéral. Qu’il y ait des «bons» et des «méchants» dans le monde, rien de nouveau, estime le gouvernement Harper, et ce n’est plus au Canada d’être un arbitre impartial entre les deux.
Tout ce que veut désormais le Canada des conservateurs, c’est être le courtier diplomatique du monde des affaires.