Melissa Etheridge: «Mon cancer du sein dicte ma vie»
Pour plusieurs victimes du cancer du sein, l’idée d’apparaître chauve en public est atrocement pénible. Mais après qu’on lui eût diagnostiqué une tumeur maligne, Melissa Etheridge a fait fi de ce tabou et a offert, sans cheveux, sans cils et sans sourcils, une prestation mémorable aux Grammy Awards en 2005. Elle a parlé à Métro de sa lutte contre la maladie, de sa consommation de marijuana thérapeutique et de la manière dont elle a abordé le sujet du cancer avec ses enfants.
Avez-vous l’impression que votre cancer appartient au passé?
Physiquement, je ne suis plus malade, mais le cancer continue à avoir une incidence sur la manière dont je mène ma vie, sur les choix que je fais, sur les aliments que je mange, etc.
Au cours de votre lutte contre la maladie, quels ont été les moments les plus difficiles?
Les médecins m’ont retiré la tumeur. Cela a nécessité deux opérations, mais ils y sont parvenus. C’est la chimiothérapie qui a été le plus difficile. Pour résumer, ils empoisonnent tout votre corps jusqu’à ce que vous soyez presque mort. C’est très douloureux.
Avez-vous craint que la maladie ne mette un terme à votre carrière?
Non. J’avais déjà fait mon coming out comme lesbienne, en 1993, sans que ma carrière n’en soit affectée. J’ai simplement eu le sentiment que je devais continuer à faire mes trucs.
Le cancer vous a-t-il inspirée d’une quelconque façon sur le plan artistique?
Tout ce que j’ai fait depuis a été influencé par le cancer! Cette maladie vous force à affronter la peur de la mort. Quand j’ai reçu le diagnostic, j’ai commencé à réfléchir de manière plus spirituelle, plus émotive, à la fois sur le plan personnel et sur le plan artistique. Avoir un cancer m’a appris à ne plus avoir peur de rien.
Les femmes souffrant d’un cancer du sein sombrent souvent dans la dépression après avoir perdu à la fois leur poitrine et leurs cheveux. Vous avez offert une prestation célèbre alors que vous étiez chauve en raison de la chimiothérapie. Qu’est-ce qui vous a poussée à le faire?
Quand on m’a proposé de chanter aux Grammy, je me suis dit : «Un instant… Je suis chauve!» J’ai téléphoné à des amis, et tous m’ont encou-ragée à y aller. J’ai cru que j’allais me sentir bizarre, mais ça n’a pas été le cas.
Vous avez déjà affirmé que vous aviez consommé – et consommiez toujours – de la marijuana à des fins thérapeutiques. Comment cela vous aide-t-il?
La première chose que font les médecins, après vous avoir diagnostiqué un cancer, est de vous prescrire des stéroïdes. Ces produits causent de la constipation, alors ils vous donnent un autre médicament pour régler le problème, mais celui-ci a aussi des effets secondaires. Au bout du compte, vous vous retrouvez à prendre cinq ou six médicaments différents sans ressentir de soulagement. Je me suis donc dit qu’il y avait cette plante, le cannabis, dont le seul effet secondaire est de donner faim, ce qui est une bonne chose. Et en plus, ça rend joyeux. La marijuana thérapeutique m’a beaucoup aidée. J’en consomme encore pour combattre le stress, qui me cause des brûlures d’estomac. Sans le cannabis, l’acidité dans ma gorge m’empêcherait de donner des spectacles.
Avez-vous dit à vos enfants que vous étiez atteinte d’une maladie potentiellement mortelle?
Oui. Je leur ai parlé de chacune des mesures qui allaient être prises, incluant les interventions chirur-gicales et la chimiothérapie. Selon mon expérience, si vous expliquez calmement les choses aux enfants, sans avoir peur, ils savent ensuite très bien composer avec la réalité, quelle qu’elle soit.