La Grande Bellezza: ambitieux, pas prétentieux
Paolo Sorrentino (This Must Be the Place) a récemment remporté le Golden Globe du Meilleur film étranger avec La Grande Bellezza, une œuvre ambitieuse et déroutante qui lorgne du côté de Fellini.
Après avoir tourné aux États-Unis, ça fait du bien de revenir en Italie?
Un bien fou! D’autant que je suis un grand paresseux et que j’aime bien être chez moi. Cela dit, contrairement à ce que j’aurais imaginé, le tournage de La Grande Bellezza n’a pas été de tout repos. On a tourné de nuit, dans la chaleur et avec beaucoup de comédiens. C’était très compliqué, mais très stimulant.
La Grande Bellezza est un film fascinant, mais déstabilisant. Plus qu’une histoire, c’est plutôt un voyage auquel vous conviez le spectateur. Était-ce le but?
La Grande Bellezza est un film très libre sur la condition de certaines personnes. J’espère que les spectateurs pourront trouver quelque chose qui les touche dans la galerie de personnages qui peuple le film. Je voulais aussi raconter la fatigue de vivre. Ça me plaît qu’on dise que mon film est ennuyeux par moments, car l’ennui fait partie de la vie.
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Parmi toutes les histoires que raconte le film, il y a le personnage de Jep, joué par votre comédien fétiche, Toni Servillo. Le fil rouge du film, c’est lui?
Oui, Jep est le témoin de tous ces mondes, c’est le trait d’union entre les histoires. C’est son regard qui détermine les choses. C’est toujours un bonheur de travailler avec Toni Servillo; lui et moi, on se comprend très bien. Jep est un personnage complexe, plein de nuances. Il me fallait un comédien que je connais bien et avec lequel j’ai beaucoup de points communs.
Jep, c’est un peu vous, non?
Pas vraiment, même si on partage un certain désenchantement. Mais derrière ce dernier se cachent des sentiments.
Votre film a de faux airs de Dolce Vita moderne. Êtes-vous d’accord?
La comparaison m’embarrasse, car La Dolce Vita est un chef-d’œuvre alors que La Grande Bellezza est juste un film. J’aime beaucoup Fellini, mais il est unique. Personne ne peut répéter son travail. Évidemment, il y a une ressemblance avec les thèmes et les atmosphères qui font partie du cinéma de Fellini.
La Grande Bellezza, est-ce un hommage au cinéma ou plutôt une déclaration d’amour à Rome?
C’est plutôt une déclaration d’amour à la liberté d’expression. Avec les années, j’aime de plus en plus sortir des grilles traditionnelles de narration. Aujourd’hui, il y a une overdose d’histoires, avec les séries notamment. Le cinéma peut encore se payer le luxe de traiter de la condition humaine.
Certains trouvent votre film présomptueux. Qu’en pensez-vous?
À mon avis, il n’est pas prétentieux, mais ambitieux. Ceux qui n’aiment pas La Grande Bellezza confondent ambition et prétention.
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La Grande Bellezza
En salle dès vendredi