L’INM relance le débat sur le vote obligatoire
L’Institut du Nouveau Monde (INM) relance le débat sur la mise en place du vote obligatoire pour tous les citoyens pour limiter l’abstention électorale.
C’est l’une des propositions de l’organisme qui lance mardi une campagne web, en partenariat avec le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), pour inciter les jeunes à voter. L’INM avait également lancé le débat sur le vote obligatoire lors des élections de 2012.
«Tous les pays qui ont instauré cette mesure, soit une trentaine, dont la Belgique et l’Australie, voient leur participation électorale augmenter de 13%», souligne Geneviève Baril, directrice du développement des compétences et de la mobilisation citoyenne à l’INM.
Seuls les pays qui prévoient des sanctions atteignent des taux de participation de l’ordre de 80%, précise toutefois François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la Démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval. La première amende est de près de 50$ si l’électeur ne se rend pas au bureau de scrutin.
«L’idée est aussi que tous les partis politiques soient obligés de s’intéresser à tous les citoyens, notamment ceux qui ne votent pas normalement, et particulièrement les jeunes», ajoute Mme Baril.
Le Directeur général des élections du Canada, Marc Mayrand, commence également à parler de cette question et à vouloir amener le débat. Élections Canada précise toutefois qu’il n’a pas pris position à cet égard.
La question légale est notamment l’un des aspects à préciser, soutient M. Gélineau. «Ça ouvre tout un débat sur les libertés individuelles», souligne-t-il. Cette nouvelle loi pourrait également créer un milieu propice au développement de sollicitations néfastes auprès des citoyens peu intéressés à aller voter. «Les partis politiques vont continuer à essayer d’aller chercher le votes de ces citoyens parce qu’ils seront obligés de voter, mais seront plus susceptibles de plier à des pratiques non souhaitables», prévient M. Gélineau.
Le professeur de l’Université Laval insiste également sur les dangers pour la «qualité du vote». «Le vote obligatoire forcera des citoyens peu informés et peu intéressés par la politique à prendre une décision qui ne sera pas éclairée, puisqu’ils ne s’intéressent pas aux plates-formes», précise-t-il.
Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), en faveur du vote à 16 ans, soutient que ces changements à la loi doivent être conditionnels à une plus grande éducation à la vie citoyenne. «Je ne pense pas que ce soit pertinent d’obliger tout le monde à aller voter, sans comprendre ce que veut dire ce geste, quel est son impact sur notre quotidien», affirme la présidente. La FECQ, tout comme l’INM, propose la création d’cours obligatoire d’éducation à la citoyenneté en 3e année du secondaire.
Aucun parti politique n’a sérieusement considéré cette proposition jusqu’à maintenant. L’INM espère que le prochain gouvernement intégrera la question au débat publique après les élections.
Vote sur les campus
Nouveauté cette année, les étudiants pourront voter directement sur les campus universitaires. Une mesure qui est favorablement accueillie afin d’encourager le vote des jeunes. «C’est fantastique, s’exclame Mme Baril. Les étudiants quittent le nid familial et en déménageant oublient de faire leur changement d’adresse ou souhaitent continuer de voter dans leur circonscription d’origine. Ils n’ont pas assez de temps ou d’argent pour se déplacer le jour du vote. Le vote dans les établissements postsecondaires va leur faciliter grandement la vie.»
Même son de cloche du côté d’Éliane Laberge, qui rappelle que les associations étudiantes étaient à l’origine de cette idées. «Il faut maintenant que les partis politiques s’adressent aux jeunes. Quand on parle d’emploi, par exemple, il faut aussi parler des emplois pour les milliers de jeunes qui entreront sur le marché du travail dans quelques années, en sortant de l’université», ajoute-t-elle.
La participation des jeunes pourraient ainsi être affectée par cette mesure, bien que le contexte social ne soit pas aussi favorable qu’en 2012. «On peut penser que la participation, malheureusement, ne sera pas aussi élevée [qu’en 2012, chez les jeunes], parce que l’enjeu de l’élection de 2012 était un enjeu jeunesse, sur les frais de scolarités. Aussi, ça ne fait pas très longtemps que nous sommes allés voter, alors qu’en 2012, ça faisait 4 ans. D’où l’importance de réfléchir à des mesures qui va infléchir la tendance lourde à l’abstention», affirme Mme Baril.
Éliane Laberge croit également que la participation ne sera peut-être pas aussi forte qu’en 2012, mais n’atteindra pas le taux de 2008 à 36%. «Je pense que nous avons des bonnes chances. On va travailler fort», affirme-t-elle, alors que les actions de mobilisation de la FECQ débuteront la semaine prochaine.