L’art de faire les choses autrement
Alors que le marché de la copropriété foisonne plus que jamais au pays, les tours résidentielles génériques se multiplient à la vitesse grand V.
De Montréal à Vancouver, une grande majorité des tours d’habitation ne se résume qu’à des boîtes de verre rectangulaires ou arrondies, parsemées de balcons ici et là. Très peu réussissent à sortir du lot pour créer des symboles forts identitaires pour une métropole, au même titre qu’Habitat 67 et les pyramides olympiques.
Mais un vent de changement commence à souffler sur le marché immobilier. C’est du moins la perception du réputé architecte montréalais Gilles Saucier, associé principal de Saucier + Perrotte, qui œuvre actuellement à la phase finale d’un audacieux projet résidentiel de plus de 2000 unités dans la région de Toronto.
«Un promoteur a vu notre portfolio et nous a appelés pour savoir si on souhaitait faire du logement, me confie-t-il dans son bureau du Mile-Ex. On avait peu d’expérience dans ce domaine, mais c’est justement ce qui l’allumait. Il désirait trouver un architecte qui n’allait pas imprimer la même recette que dans ses projets précédents. Il voulait quelque chose d’unique.»
Pour une firme aussi créative, ces mots ont évidemment sonné comme une douce musique à l’oreille.
Gilles Saucier a ainsi mis en scène trois unités d’habitation se détachant de part et d’autre d’une autoroute à six voies, telle une pierre se fracturant en petits morceaux sous les forces de la nature. «On a créé un dialogue entre les phases, une forme de poésie, me décrit-il avec fierté. Chaque complexe d’habitation révèle le suivant. C’est ce qui fait la force du projet: l’unité de l’ensemble architectural.»
Selon lui, son équipe n’aurait pu dénicher une meilleure occasion pour faire le saut dans l’univers de la copropriété, après avoir conçu de remarquables pavillons universitaires et salles de spectacle un peu partout au pays. «Au Canada, il y a très peu de recherche fondamentale dans le secteur de l’habitation, poursuit-il. On essaie très peu de réinventer l’espace. Plusieurs promoteurs ne voient que des pieds carrés à faire fructifier. […] Ce n’était pas du tout le cas dans ce projet. On a eu la chance d’expérimenter. On nous a embauchés pour faire bouger les choses.»
Pour M. Saucier, la Ville Reine reste l’un des meilleurs marchés au pays pour dénicher des clients plus aventureux. «Les Torontois sont des consommateurs d’art, de design et d’architecture. Ils en parlent beaucoup. C’est une fierté, une façon de se démarquer pour eux, notamment par les édifices phares de leur ville.»
L’architecte avoue qu’il aimerait bien voir cette culture s’implanter davantage à Montréal, mais il ne perd pas espoir. Son prochain défi résidentiel sera d’ailleurs situé dans le Vieux-Montréal. Sa firme planche sur une tour résidentielle de 12 étages qui s’implantera sur la rue McGill. Un projet qui risque fort bien d’amener un vent de fraîcheur dans notre paysage urbain.
Pour consulter le portfolio de Saucier + Perrotte


