Une nouvelle culture d'entrepreneuriat à Saint-Léonard
Le Maglia Rosa vélo shop ne détonnerait pas sur le Plateau; décor épuré, meubles en bois rustique, machine à expresso pour servir des lattés aux clients. Pourtant, ce commerce spécialisé en produits haut de gamme n’a pas pignon sur l’avenue du Mont-Royal, mais plutôt sur la rue Jean-Talon Est.
« Ma conjointe et moi avons regardé plusieurs secteurs, mais c’est Saint-Léonard qui s’est avérée la destination parfaite. De ce que j’ai vu, le coût des loyers est trois ou quatre fois moins élevé ici que dans Rosemont. Ç’a été un facteur ultra important. Comme c’est un commerce saisonnier, les coûts fixes doivent être les plus bas possible. »
Autre avantage : l’espace. À Saint-Léonard, le commerce bénéficie d’un stationnement, un atout dont il n’aurait sans doute pas joui dans un arrondissement central. Cela lui permet d’attirer des clients de Laval, de L’Assomption et de Boucherville.
Des commerces comme celui-là, la Corporation de développement économique communautaire de Saint-Léonard (CDEC) voudrait en voir plus. C’est pourquoi elle lui a offert un soutien financier et un accompagnement lors de l’élaboration de son plan d’affaires.
« Saint-Léonard est actuellement en effervescence, opine Jean-François Dubeau, directeur des services aux entreprises à la CDEC. De plus en plus de jeunes entrepreneurs viennent s’installer ici, notamment sur Jean-Talon. Tranquillement, le visage de l’artère change, il rajeunit. »
L’an dernier, la CDEC a soutenu une cinquantaine d’entreprises. Cette année, si tout va bien, elle devrait en aider autant; non seulement des commerçants, mais aussi des industriels.
« Tous les acteurs de l’arrondissement doivent réfléchir. On sait que la zone industrielle, qui était très fortement occupée par l’industrie automobile, est en train de changer. La société évolue, on se dirige vers les transports actifs. Il faut donc réévaluer le type de développement industriel que l’on veut. La population ne souhaite pas nécessairement des industries polluantes », affirme M. Dubeau.
Une terre promise pour les jeunes entreprises
Pour attirer les entrepreneurs, la CDEC se donne les moyens. En ce moment, elle a près de 800 000 $ à distribuer en prêts et subventions aux entreprises naissantes ou en expansion. Il y a même plus d’argent que de projets viables.
« Distribuer les fonds, ça fait partie des défis. Ce n’est pas le manque de financement qui est un frein au développement. La plupart des entreprises en démarrage ont besoin d’un financement de moins de 100 000 $. Notre offre est plus élevée que ça. Ce qui est un obstacle par contre, c’est le manque de motivation des entrepreneurs. Pour passer de l’intention aux actes, il faut y mettre du temps, notamment dans la rédaction du plan d’affaires », affirme M. Dubeau.
Pourtant, les opportunités entrepreneuriales sont de plus en plus au rendez-vous.
Selon la CDEC, Saint-Léonard est en mutation démographique et économique. Le quartier se densifie, créant de nouveaux besoins pour des commerces de proximité, tandis que des entreprises vieillissantes ferment leurs portes, laissant un vide à combler.
Mais attirer les entrepreneurs motivés à Saint-Léonard n’est pas chose facile. M. Dubeau estime que l’arrondissement traîne encore comme un boulet son image de quartier-dortoir, peu propice aux affaires.
« Les gens doivent réaliser que c’est une terre d’opportunité. Sur le territoire, il y a moins de concurrence que dans bien d’autres arrondissements. Il y a des quartiers qui sont saturés de certains types de magasins ou d’industries. À Saint-Léonard, c’est l’inverse, il y a encore beaucoup de place pour développer des affaires », explique M. Dubeau.
C’est précisément le message qu’a saisi le propriétaire de Maglia Rosa lorsqu’il a étudié le marché.
« À Pointe-aux-Trembles, il y a peu de boutiques de vélo spécialisées et à Anjou, il n’y en a qu’une. L’offre est donc relativement restreinte dans l’est de Montréal. Il y a tout de même de la concurrence à Saint-Léonard, mais elle est vieillissante. D’où l’intérêt de s’implanter ici », souligne M. Perreault.
L’entrepreneur estime que son commerce s’enracine graduellement à Saint-Léonard depuis son ouverture en mars dernier. Il est même persuadé que le Maglia Rosa aura toujours pignon sur la rue Jean-Talon dans 20 ou 30 ans.