Démission de Deguire : pas de lien avec la frappe de l'UPAC, affirme-t-il
En entrevue avec le Guide de Montréal-Nord, M. Deguire a précisé les motivations qui se cachent derrière cette décision qui survient au lendemain d’une série de perquisitions effectuées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à l’Hôtel de Ville de Montréal et dans plusieurs mairies d’arrondissement.
L’ancien policier soutient que sa décision n’a rien à voir avec cette spectaculaire frappe de l’UPAC et qu’il s’agit plutôt du fruit d’une réflexion amorcée depuis un bon moment. « J’ai donné la chance au coureur, à M. Deschamps, pour qu’il nous motive et nous relance, mais malheureusement on dirait que la chimie n’est plus là. J’arrive au constat qu’Union Montréal n’est pas le bon véhicule pour cheminer vers un avenir meilleur avec l’ensemble des Montréalais. Donc j’aime mieux me retirer. Les atomes crochus ne sont pas là, je ne me sens pas interpellé », dit d’abord M. Deguire.
Selon lui, Union Montréal se dirige vers un mur pour ce qui est des prochaines élections municipales qui auront lieu en novembre. « Il faut que les gens aient confiance en leurs élus. Moi j’ai des principes et des façons de faire. Je suis policier retraité et pour moi l’intégrité c’est extrêmement important. J’ai toujours dit que je serais le dernier parti, mais devant l’impossible nul n’est tenu. Et pour moi l’impossible c’est qu’Union Montréal soit le parti qui va diriger la destinée de Montréal à partir de novembre 2013. »
Bien qu’il concède que les allégations de financement illégal le concernant, faites par l’ingénieur Michel Lalonde devant la Commission Charbonneau, lui ont fait mal, M. Deguire affirme que ce ne fut pas un facteur déterminant dans sa décision de quitter le parti de l’ex-maire Gérald Tremblay.
Pourtant, le 6 décembre dernier, le nouveau maire indépendant affirmait au Guide qu’il comptait rester membre d’Union Montréal jusqu’à la dernière seconde. Son départ peut-il alors paraître précoce, considérant que le parti compte toujours 18 élus? « La réflexion elle était là, elle était déjà entreprise. On est un des seuls arrondissements qui a tenu, au fil des années, de petites activités de financement, on voulait aller chercher nos sous. Il reste qu’en politique, Robert Bourassa l’a dit, 90 % est une question de perception. Donc, pour les gens, les sommes qui sont dans les coffres d’Union Montréal, d’une manière ou l’autre, c’est de l’argent qui est souillé » répond-il.
S’appuyant sur sa notoriété à Montréal-Nord, Gilles Deguire affirme qu’il est possible qu’il fasse campagne sans tambour ni trompette en novembre prochain, sans pancartes même, en se limitant à du travail de terrain. « Mon constat, c’est que je ne sens plus cette flamme qui m’a interpelé quand j’ai commencé auprès de M Tremblay. »
Prêt à aider les autres conseillers à démissionner
Gilles Deguire a appelé les 4 autres élus municipaux de Montréal-Nord, toujours membres d’Union Montréal, pour les aviser de sa décision mercredi après-midi. Il leur a demandé de prendre le temps de réfléchir, mais a toutefois proposé un délai de 48 à 72 heures avant qu’ils ne fassent part de leur décision de rester ou non dans le parti. « Peut-être que cette réflexion peut durer plus longtemps, à eux de prendre cette décision. Je leur ai dit que s’ils en ont besoin, le personnel de mon bureau peut les aider dans cette démarche, que ce soit pour la rédaction d’un communiqué ou autre chose ».
Et s’ils décidaient de rester membres d’Union Montréal, M. Deguire affirme que la terre n’arrêtera pas de tourner. « Même si je deviens maire indépendant et que les quatre autres resteraient membres d’Union Montréal, je pense qu’on peut travailler jusqu’au trois novembre prochain en toute convivialité, on est capable de se parler. » Qualifiant sa décision de réfléchie, il dit souhaiter que les citoyens de Montréal-Nord ne lui en tiendront pas rigueur, car il l’a prise « dans l’intérêt de la collectivité. »
Plus question de partir avec une partie de la caisse
En décembre dernier, le maire affirmait aussi que s’il en venait à quitter Union Montréal, il désirait que les sommes amassées dans des activités de financement tenues à Montréal-Nord soient lui soient remises ainsi qu’à son équipe. C’est moins clair aujourd’hui, considérant qu’il constate que les citoyens ont l’impression que l’argent du parti est souillé, et même s’il dit ne pas croire que de l’argent sale a pu être perçu dans son arrondissement. « C’est l’ensemble de l’œuvre qui est, malheureusement, entaché », analyse-t-il, ajoutant qu’il sera au rendez-vous lors des élections de novembre 2013.
Tous aux aguets
Quand il a appris que l’UPAC frappait à l’Hôtel de Ville et dans plusieurs mairies d’arrondissement, Gilles Deguire s’est assuré que son directeur administratif reste en poste toute la soirée, au cas où. « On est tous aux aguets, surtout quand tu ne sais pas le pourquoi. Aujourd’hui, on a eu des informations qui nous disent que ça concernait une entreprise de publicité et que ça remonte à 2004, alors ça ne me touchait pas directement. Mais c’est sûr que ce n’est jamais plaisant pour quiconque, maire ou conseiller, d’être interpellé et de ne pas savoir pourquoi. Ce n’est pas joyeux. Autant M. Bergeron que Mme Harel l’ont dit hier, c’est du jamais vu », termine M. Deguire.
Il ne reste plus que 18 conseillers membres d’Union Montréal, dont les 4 conseillers de Montréal-Nord à qui M. Deguire a dit souhaiter une décision de leur part dans un délai de 48 à 72 heures. On compte aussi 21 conseillers indépendants, 14 de Vision Montréal et 10 de Projet Montréal.