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Savoir jouer la jouissance

Beauchemin Philippe - TC Media
« Lors d’une relation sexuelle, j’adore voir jouir la fille avec qui je suis. Presque autant que de jouir moi-même (…) L’excision est une pratique humaine qu’il faut dénoncer, et dénoncer vivement. Traiter de cette problématique était pour moi une humble participation à cette dénonciation ».

C’est par cette entrée en matière que le réalisateur Martin Laroche annonce ses intentions de tourner un film sur le sujet. L’excision des parties génitales féminines constitue donc le point central du premier long-métrage subventionné du résident de La Petite-Patrie et qui porte le titre de Les Manèges Humains.

« J’ai lu le livre Ma vie rebelle, d’Ayaan Hirsi Ali, il y a quelques années, où cette femme raconte justement ce qu’elle a vécu avant de quitter le continent africain et de devenir, plus tard, une politicienne aux Pays-Bas. J’ai été bouleversé. Pour moi, c’est un sujet à la fois horrible et fascinant sur le point de vue de l’être humain. J’ai donc voulu en parler. Oui, ça met la barre assez haute de commencer avec un tel sujet. On a dû en parler longuement avant le tournage. Il fallait trouver une façon originale et différente de traiter de l’excision ici, au Québec. Je pense que notre histoire y est parvenue. Au final, ce qui est curieux, c’est que les bailleurs de fonds ont plus « tiqué » sur l’aspect du faux documentaire tourné à la première personne que sur le sujet lui-même. Mais avec l’équipe qu’on avait, je savais que c’était la meilleure façon de faire ce film. Et quand je regarde le résultat final, j’en suis encore plus convaincu », dit le réalisateur.

Pour mener à terme son œuvre, M. Laroche s’est entouré de gens en qui il avait confiance. Ainsi, il partage la production avec Sébastien Croteau, qu’il connaissait déjà et qui réside à quelques rues du cinéaste, dans le quartier voisin (Villeray), et a confié le premier rôle, celui de Sophie, à Marie-Évelyne Lessard, qu’il a connu lors de ses études à Sherbrooke et qui habite également à proximité, dans Rosemont.

Ces liens étroits, principalement avec Mme Lessard, ont assurément contribué à assurer le réalisme de l’histoire et des images de Les Manèges Humains.

« Marie-Évelyne est une comédienne consciencieuse. Elle connaissait ses textes à la virgule, ce qui nous a permis d’aller encore plus loin sur le plan des émotions », laisse entendre le réalisateur.

La comédienne avoue que ce ne fut pas un sujet facile à aborder, mais qu’il constituait un défi intéressant.

« À la lecture du scénario, des dialogues, je me suis dite : « Bon Dieu que c’est direct et pas tout le temps propre ». Mais en même temps, je suis tombée en amour avec l’histoire J’ai donc accepté et j’ai complété mes recherches sur l’excision par les sites Internet, la lecture d’articles et le visionnement d’entrevues. Pour moi, ce n’était pas un défi insurmontable que de jouer Sophie. C’était même plutôt stimulant, justement parce que l’excision n’est pas un sujet facile. »

La comédienne se souvient principalement de deux scènes marquantes et difficiles, dont l’une qu’elle a tournée, nue, simulant l’acte d’amour.

« On a eu quelques répétitions avant, heureusement, mais on était tout de même effrayé de jouer cette scène. Cependant, une fois que l’on tourne vraiment, on y pense plus et on se met en mode « travail ». C’est maintenant, alors que le film sort, que je me rends compte qu’on va vraiment voir tout ça sur un grand écran. Et non, ma famille n’a pas encore vu le film encore (rire). J’anticipe un peu…»

-Le film est à l’affiche du cinéma Beaubien

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