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Une étude sur l’itinérance cachée réclamée par un élu d’opposition

Une étude sur l’itinérance cachée réclamée par un élu d’opposition
Photo: Jonathan Hayward / La Presse CanadienneJonathan Hayward / La Presse Canadienne

Déplorant un portrait incomplet de l’itinérance dans le dernier dénombrement, un élu municipal demande à la Ville de Montréal de presser Québec pour qu’une étude sur l’itinérance cachée dans la métropole soit réalisée. Une demande que partagent plusieurs organismes locaux venant en aide aux sans-abri.

«Il faudrait inclure les invisibles», a illustré à Métro le porte-parole du parti Ensemble Montréal en matière d’itinérance et conseiller municipal dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, Benoit Langevin.

Ce dernier note que le plus récent dénombrement des sans-abri, qui a permis de recenser 3149 personnes itinérantes dans la métropole le 24 avril 2018, est incomplet, car il ne permet pas de savoir combien de Montréalais ont décidé de dormir temporairement sur le divan d’une connaissance à défaut d’avoir leur propre logement.

L’élu demande donc à Montréal de faire pression sur le gouvernement du Québec afin que ce dernier débloque quelque 250 000$ pour réaliser une étude sur le phénomène de l’itinérance cachée à Montréal.

«C’est une responsabilité de la Ville de commencer à s’attaquer au phénomène de l’itinérance cachée», estime celui qui a oeuvré plusieurs années comme «travailleur de rue» auprès des jeunes en détresse avant de se lancer en politique municipale.

Cibler les besoins
Alors que les ressources d’aide aux femmes itinérantes débordent, la directrice générale de l’organisme La rue des Femmes, Léonie Couture, estime qu’une telle étude permettrait de «refléter davantage la réalité» de l’itinérance à Montréal et d’ainsi montrer au gouvernement du Québec que davantage de fonds doivent être remis aux ressources d’aide dédiées aux femmes sans-abri de la métropole.

«Les femmes font tout pour ne pas être trop visibles dans la rue parce que quand une femme est sans logis, elle est très vulnérable. Elles vont donc aller d’un ami à l’autre ou encore vont accepter de dormir avec des hommes une nuit pour ne pas être dans la rue», a-t-elle expliqué. Étant rarement en situation d’itinérance visible, ces femmes se retrouvent sous-représentées dans les dénombrements, ce qui limite les fonds remis aux ressources leur étant dédiées, a-t-elle ajouté.

«Ce n’est pas pour rien qu’on déborde tout le temps. Vous savez, c’est déchirant de devoir refuser 10, 15, 20 femmes parfois», a soupiré Mme Couture. Le cas de La rue des femmes n’est d’ailleurs pas unique, l’Auberge Madeleine ayant confirmé à Métro avoir refusé 6359 demandes d’hébergement l’an dernier dans son refuge, qui compte 26 places.

Le directeur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Pierre Gaudreau, a pour sa part souligné que Québec a déjà promis de réaliser d’ici l’an prochain un deuxième portrait complet de l’itinérance qui comprendra un volet sur l’itinérance cachée.

Il estime néanmoins que la Ville devrait faire pression sur Québec afin de «s’assurer» que ce deuxième portrait «permette de mesurer l’ampleur de l’itinérance cachée à Montréal» en couvrant l’ensemble des quartiers de la métropole.

«Est-ce qu’on serait arrivé à un chiffre beaucoup plus important si on avait eu plus de bénévoles [pour réaliser le dernier dénombrement]? Probablement», a soulevé M. Gaudreau, qui trouve illogique qu’à peine deux itinérants aient été recensés dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce le 24 avril dernier.

Sans s’opposer à la proposition d’Ensemble Montréal, le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts, estime pour sa part que les fonds gouvernementaux devraient être investis directement dans les ressources d’aide au lieu d’être consacrés à une nouvelle étude.

«Des études, ça prend du temps. On est capables de voir avec nos propres yeux qu’il y a de l’itinérance visible. Je préfère passer à l’action avec ce qu’on connait au lieu d’attendre les résultats d’une autre étude», a-t-il lancé à Métro.

«Une des premières choses que j’ai faite en arrivant en poste, c’est de lire les études qui ont été faites depuis 10 ans. J’avais une pile de six pieds à côté de mon bureau. Les études, on les a.  Les actions, elles, vont très lentement.» – Samuel Watts, président-directeur général de la Mission Bon Accueil

Discussions en cours
L’attachée de presse du comité exécutif, Laurence Houde-Roy, a indiqué à Métro que des discussions sont en cours avec Québec concernant les «besoins propres à la métropole en matière de lutte à l’itinérance».

Elle a également affirmé que la Ville «est engagée à développer d’autres outils», en collaboration avec des «partenaires provinciaux et des organismes du milieu» afin de pouvoir analyser d’«autres facettes» de l’itinérance dans la métropole.

La mairesse de Montréal a d’ailleurs rencontré vendredi après-midi «près d’une dizaine de refuges pour femmes afin de les entendre sur leurs besoins et ceux des femmes en situation d’itinérance», a précisé Mme Houde-Roy.

Commentaires 1

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  • Nicolas

    Benoit Langevin n’a jamais été travailleur de rue, il était directeur d’un organisme en travail de rue.