Actualités
17:44 30 avril 2019

La plus haute tour résidentielle à Montréal n’aura pas de logements sociaux

La plus haute tour résidentielle à Montréal n’aura pas de logements sociaux
Photo: CourtoisieLa tour de 58 étages comptera 370 condominiums de luxe et 17 penthouses, mais aucun logement social ou abordable.

Alors que la Ville de Montréal entend adopter en juin son nouveau règlement d’inclusion en matière d’habitation, l’un des plus importants projets immobiliers en cours dans la métropole ne comptera aucun logement social ou abordable lorsque sa construction sera achevée dans quatre ans.

«Ce ne sont pas des logements qui répondent aux besoins des familles, aux besoins des citoyens de la classe moyenne […] Ces gens-là ne peuvent pas se payer des logements trop cher comme ceux-là», a expliqué mardi à Métro la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme. 

Les médias ont été invités mardi à assister à une pelletée de terre symbolique du chantier de construction du projet immobilier Victoria sur le parc. Il s’agit d’une tour de 200 mètres dont les 10 premiers étages seront réservés à des commerces, tandis que des condos de luxe de une à deux chambres ainsi que de vastes penthouses de quelques milliers de mètres carrés seront aménagés sur les 48 autres étages.

Cette tour d’environ 200 mètres, qui devrait être complétée en 2023, sera située à proximité de la station de métro Square-Victoria, à la frontière entre le Vieux-Montréal et le centre-ville. En face de l’immeuble, un parc de près de 45 000 pieds carrés conçu par l’architecte-paysagiste Claude Cormier, l’auteur du projet de «boules roses» du Village gai, viendra remplacer un vieux stationnement.

«Des espaces verts, on en manque et qu’un promoteur décide d’en inclure dans son projet, c’est une bonne nouvelle», s’est réjoui le responsable du développement économique et de l’habitation au comité exécutif, Robert Beaudry.

Victoria sur le parc, avec ses 58 étages, représentera ainsi le plus haut immeuble résidentiel de la métropole, à moins qu’il ne soit devancé d’ici là par l’un des multiples projets immobiliers en cours à Montréal.

Plus de 70% des futures unités de logement du projet Victoria sur le parc, piloté par l’entreprise Broccolini, ont d’ailleurs déjà été vendues avant même leur construction, signe de la forte demande pour des logements au centre-ville.

«L’appétit des gens qui veulent venir habiter dans le centre-ville de Montréal n’a jamais été aussi grand.» -André Boisclair, président-directeur général de l’Institut de développement urbain du Québec

Inclusion
En juin, l’administration municipale déposera pour adoption devant le conseil municipal sa nouvelle politique d’inclusion, qui entend obliger tous les promoteurs  à inclure dans leurs projets immobiliers 20% de logements sociaux, 20% logements abordables et 20% de logements familiaux. Ce règlement, qui fera l’objet d’une consultation publique, ne sera toutefois pas effectif avant janvier 2021.

«Si les jeunes des universités ne sont pas capables d’habiter l’île de Montréal, on n’est pas avancés. Donc, ce règlement va permettre d’avoir plus de prévisibilité, d’être systématique [dans l’obligation d’intégrer des logements sociaux aux projets immobiliers] et de s’assurer qu’on garde cette mixité-là au centre-ville de Montréal», a expliqué M. Beaudry. 

La nouvelle tour de l’entrepreneur Broccolini n’aura toutefois pas à se soucier de cette réglementation, car le projet immobilier Victoria sur le parc, qui ne comprendra aucun logement social ou abordable, a été accordé de «plein droit» par la Ville, a indiqué à Métro le président du développement immobilier et des acquisitions de l’entreprise, Roger Plamondon.

«Il y a urgence d’agir. Il faut qu’on s’attaque à la pénurie de logements abordables et de grands logements. C’est maintenant qu’on définit à quoi va ressembler notre ville, donc il faut agir vite», a martelé Mme Laflamme, qui demande à la Ville de mettre en application plus rapidement sa nouvelle politique d’inclusion. 

«Les terrains nous échappent à vue d’oeil, donc si on ne rend pas la politique effective dès maintenant, on va manquer plein d’occasions de construire des projets immobiliers qui répondent aux besoins», a-t-elle ajouté. 

«Pression inflationniste»
Le président-directeur général de l’Institut de développement urbain du Québec, André Boisclair, craint pour sa part qu’une politique d’inclusion «contraignante» ne fasse fuir les investisseurs potentiels, contribuant ainsi à la «pression inflationniste» sur le prix des unités de logement à Montréal, dont la valeur ne cesse de grimper. 

«Il est clair qu’on regarde ça avec anticipation, cette nouvelle réglementation-là, parce qu’on a hâte de savoir quelles vont être les règles du jeu», a réagi Roger Plamondon, dont l’entreprise opère également dans la métropole la construction de la nouvelle Maison de Radio-Canada et d’un futur siège social de 40 étages pour la Banque Nationale. 

«En fonction de la nouvelle réglementation, on peut vous assurer que Broccolini ne quittera pas Montréal», a affirmé M. Plamondon. 

Commentaires 10

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Gom

    Somme nous dans un pays socialiste

  • Richard Desjardins

    Le désistement et l’inaction face à cet état de situation sont une aberration.
    C’est une chose de dire que ce projet n’est pas propice aux besoins des personnes à faible revenu et aux familles. C’en est une autre chose de voir le promoteur, la Ville et le FRAPPRU se désister de leurs engagements, et de laisser la ville être vendue à des investissements étrangers, au détriment du reste des citoyens.

    – Des statistiques sur les unités de condos vendus du centre-ville ont déjà démontré que les acheteurs sont des investisseurs étrangers. La Ville n’a pas bougé depuis sur ce point. Il y a bien entendu un conflit d’intérêts en voulant le bien des citoyens et en voulant aussi augmenter les revenus des impôts fonciers. Mais sommes-nous en train de le faire de la même façon que Vancouver et Toronto l’ont réalisé, cette approche avait amené une flambée des prix des condos et les grands gagnants étaient les investisseurs, aux dépens des citoyens. Ce sont des villes où les politiciens et les gestionnaires ont, malgré de bonnes intentions, en quelque sorte « vendu » leur ville, la rendant inabordable pour la majorité des citoyens.
    – On sait aussi qu’à Vancouver et à Toronto, quasiment tous les espaces disponibles ont déjà été utilisés pour des bâtiments (j’ai vécu à Vancouver dans les années 1990 où des étages complets étaient vendus 4 ans avant la construction). Aujourd’hui, bien qu’il y ait une bonne volonté d’augmenter le logement social, cela est devenu impossible du simple fait qu’il n’y a tout simple plus d’espace pour bâtir.
    – Quand Boisclair lève la menace d’une politique d’inclusion qui puisse fuir les investisseurs potentiels, pourquoi ne parle-t-il pas de mesures de protection du développement social à long terme. Qu’en est-il en réalité, le manque d’investisseurs (je n’y crois pas, car malgré tout les conditions à Montréal sont les meilleures au Canada) fait-il monter le taux d’inflation davantage que les investisseurs étrangers qui achètent des étages complets de condos et qui font monter les taux d’inflation en flèche. Il a d’ailleurs été démontré que les investisseurs étrangers achètent prioritairement les condos des centres-ville.

    Désolé, mais il est trop facile de tout abandonner si rapidement.

    – Si Broccolini (possiblement le plus grand promoteur à Montréal), était ouvert au soutien social, il pourrait offrir de doubler le % de logement social dans d’autres projets.
    – Si la Ville était sincère dans son apparent désir de promouvoir le logement social, elle pourrait inclure d’autres exigences du promoteur, en compensation pour l’approbation de permis dérogeant des normes d’urbanisme ou des politiques de logement social.
    – Si le FRAPPRU ne pourrait-il pas demander des mesures compensatoires dans un tel projet, en compensation de l’abandon des acquis : en % dans d’autres projets, ou par une contribution financière.
    – Sachant d’où nous venons, et où nous dirigeons, est-il acceptable de limiter nos politiques au développement de logement social, ce qui n’est en fait qu’une mesure corrective temporaire, qui reporte à plus tard l’inévitable, l’impossibilité de développer de nouveaux logements sociaux. Les politiques ne devraient-elles pas déjà prévoir le développement de logement social futur en fonction de la projection de l’augmentation de la population et des besoins futurs, et non pas se limiter aux nouveaux développements immobiliers ?

    Il est minuit moins 5 : plutôt que de se limiter à éteindre des feux et à répondre aux « urgences », il est encore temps de miser sur ce qui est « important », l’assurance de logement social à perpétuité.

    • Pierre Langlois

      Vous écrivez que la ville est en conflit d’intérêts en voulant le bien des citoyens et en voulant aussi augmenter les revenus des impôts fonciers. On pourrait dire que vous vous contredisez en ne voulant pas de développement privé (et les revenus qui viennent avec) tout en réclamant des investissements massifs en logement social. Qui va payer?

    • marcel pitre

      Le reglement de la ville de Montreal prevoit l’obligation pour les promoteurs de fournir 20% de logements sociaux ou abordables pour tout projet de 5 unités et plus,une aberration,sinon une penalité est prévue pour le promoteur,vous devriez lire ce reglement qui ralentira la construction a court terme.

    • Jeremie Adel

      Tellement de fausses informations provenant de votre commentaire. Si vous ne connaissez rien du sujet, vous devriez vous abstenir de commenter car vous pouvez induire des gens en erreur.
      -Premièrement, les statistiques démontrent que les acheteurs étrangers ont très PEU d’influence sur l’essor immobilier de Montreal. En effet, ceux-ci représentent à peine 2% des transactions sur l’ile de Montréal et 12% des condos au centre-ville. Donc, la majorité de ces condos se font acheter par des gens locaux.
      -L’ile de Montréal est loin d’être développer au maximum. Il y a pleins de terrains industriels et vacants notamment dans l’est de l’ile.
      -Les promoteurs cesseront de construire des tours résidentielles à Montréal et iront construire en banlieue, ou la nouvelle loi ne les affectera pas. Les autres se tournerons vers le commercial et l’industriel. De ce fait, la crise de logements à Montréal va continuer, et les prix augmenterons plus vite.
      -Mme Laflamme, prétend que ces tours à condos sont trop chers pour la classe moyenne. C’est faux. C’est justement la classe moyenne que les promoteurs visent.
      -Le projet est accepté par la ville car Broccolini propose de construire un parc. 45000 pieds carrés d’espace vert, extrêmement rare au centre-ville. 45000 pieds carrés qui pourraient être très payant pour Broccolini mais qu’ils redonnent aux citoyens sous forme d’un magnifique parc. C’est un très bon « deal ».

      Comme les autres commentaires le disent, ce n’est pas aux promoteurs de construire des logements sociaux. Montréal est une ville qui a grand besoin de nouveaux projets et d’infrastructure. Il faut encourager ces promoteurs et encourager les projets d’envergure pour revitaliser montreal.

  • Pierre Langlois

    En tout cas le FRAPRU ne manque pas de culot en disant s’opposer à ce projet au nom de la classe moyenne. Car un de ses principaux chevaux de bataille est la lutte à la « gentrification », un combat qui, à Montréal, se fait justement sur le dos de la classe moyenne. Seuls trouvent grâce, aux yeux de cette mouvance, les ménages à très faible revenus: assistés sociaux, travailleurs au salaire minimum et marginaux de tout acabit. Même la petite classe moyenne (qui s’achète des condos d’entrée de gamme) et les étudiants (avec leurs habitudes de consommation de petits bourgeois) sont condamnés.

  • marcel pitre

    C’est tout a fait normal,ce n’est pas le rôle des promoteurs privés de construire des logements sociaux et abordables.C’est le rôle de ville et des autres paliers de gouvernements.En plus plus les promoteurs qui ne construiront pas de tels appartements « abordables »vont devoir payer une amende a la ville,rien pour encourager les promoteurs a construire a Montreal.Il y suffisamment de terrains a Montreal pour repondre aux besoins en plus des immeubles privés qui pourraient être subventionnés comme par le passé pour le logement social ou cooperatif.Tout le monde ne peut demeurer au centre-ville,Westmount ou Outremont.

    • Bruno Lemieux

      Très bien dit!! certains quartiers se plaignent de la gentrification, qu’il y a trop de condos en construction.. Bien, que l’on aille y construire les logements sociaux dans ces quartiers, ils vont faire une pierre 2 coups!

  • MADONA

    Nous avons un gouvernement corrompu qui crée des lois seulement pour faire écouter aux citoyens ces qu »ils veux écouter mais à la fin la loi n’est applicable pour tout le monde, on vie dans un ville où l’hypocrisie est à l’honneur, le citoyen courent paye ses impôts se batte pour avancer et la ville donne des ailes à la spéculation immobilière.

  • Gilles Noël

    Pourquoi personne ne mentionne la « trumpisation » de Montréal. Qui développent ces tours et pour qui? À quel plan d’aménagement répondent-ils? À quels fins? À qui appartient cette ville? Quelle est son avenir? Par qui sera-t-elle habitée? La gangrène néo-libérale de la gentrification a gagné les quartiers populaires au détriment de sa culture caractéristique. Airbnb, Evenko et co. Blanchiment de fortunes étrangères. Free for all pour promoteurs sans scrupules avec la bénédiction et agenouillement des pouvoirs en place tout niveaux et tendances confondus. Cette ville a vendu son âme aux diables du développement sauvage et du profit exponentiel.