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05:00 1 novembre 2020 | mise à jour le: 10 novembre 2020 à 14:20 temps de lecture: 8 minutes

À quoi s’attendre mardi? Le point sur le duel entre Trump et Biden

À quoi s’attendre mardi? Le point sur le duel entre Trump et Biden
Photo: Chip Somodevilla/Getty ImagesLe président des États-Unis, Donald Trump

À quoi peut-on s’attendre lors des élections américaines du 3 novembre 2020? Qui, de Trump ou de Biden, a le plus de chances de l’emporter? Pourquoi ces élections ne ressemblent pas à celles de 2016? Métro fait le tour de ces questions.

Mardi, le monde entier aura les yeux braqués sur les États-Unis, qui éliront leur nouveau président. 

L’Amérique optera-t-elle pour quatre autres années du républicain Donald Trump? Ou lui fera-t-elle succéder le démocrate Joe Biden? Tout semble possible. 

Des résultats sur plusieurs jours?

Selon les experts, une chose est certaine: tout peut arriver.  

«L’année 2020 est une année atypique et la présidence Trump l’est tout autant», indique à Métro Elisabeth Vallet, directrice de l’Observatoire de géopolitique à l’UQAM

Selon la chercheuse et experte du système politique américain, tous les scénarios sont sur la table. 

«À moins d’un raz-de-marée d’un bord ou de l’autre, il se pourrait bien que la soirée électorale s’étire vers une semaine électorale. On ne pourrait connaître les résultats définitifs que plusieurs jours après l’élection.» -Elisabeth Vallet, directrice de l’Observatoire de géopolitique à l’UQAM

Même son de cloche du côté du chercheur en science politique Vincent Boucher. Lui aussi s’attend à une soirée «riche en rebondissements». Comme il y a quatre ans, tout est envisageable. 

Rappelons que d’après les estimations de 2016, Trump n’avait qu’environ 30% de chances de l’emporter face à Hillary Clinton, selon les sondages.  

Enfin, M. Boucher confirme qu’en raison du contexte de la COVID-19 et de l’explosion du vote par correspondance, il faudra probablement attendre plusieurs jours avant d’être fixé sur l’identité du vainqueur.

Quels sont les États clés?

Les élections américaines 2020 se jouent dans sept États pivots, selon le chercheur Julien Tourreille, de l’UQAM. 

D’abord, en Pennsylvanie, au Michigan et au Wisconsin. Trois États d’ordinaire démocrates que Trump avait fait basculer en 2016. Ensuite, en Arizona, en Géorgie et au Texas, traditionnellement républicains, mais où Joe Biden pourrait remporter la victoire. 

La Floride est aussi un État très important. On se souvient que lors des élections Bush/Gore en 2000, les résultats se sont fait attendre des semaines après l’élection. 

Une décision de la Cour suprême fédérale avait même dû mettre un terme au comptage pour qu’un gagnant soit désigné. 

Pour Vincent Boucher, Trump ne peut pas gagner les élections américaines 2020 s’il ne remporte pas la Floride. Dès lors que l’État ensoleillé serait annoncé comme démocrate le soir de l’élection, les dés seraient jetés, selon lui. 

Qui a le plus de chances de victoire?

Selon la chercheuse Elisabeth Vallet, il s’agit de Joe Biden. Du moins, «en l’état actuel des choses», précise-t-elle. Car on le sait: le collège électoral peut tout fausser. «Tout le monde a appris de 2016», ajoute-t-elle. 

En fait, sur les cinq spécialistes en politique américaine sondés par Métro, ceux qui se sont prononcés ont tous donné la victoire à Biden. 

Surtout que le démocrate est un candidat beaucoup plus apprécié que l’était Hillary Clinton, comme l’explique le chercheur Tourreille. Et ce, tant au sein du clan démocrate que dans l’ensemble de la population. 

D’après Mme Vallet, si Biden ne constituerait pas forcément un changement majeur sur le fond, il en serait un majeur sur la forme. «Et ça, ça compte», dit-elle. 

Selon les derniers sondages, l’avantage est à Biden.

Quelles conséquences pour le Canada et le Québec?

Selon M. Tourreille, une victoire de Biden lors de ces élections américaines 2020 apaiserait la relation entre les États-Unis et leurs alliés. «Celle-ci repartirait sur des bases plus saines, voire amicales», explique-t-il. 

Cela dit, certains points de désaccord, comme les questions commerciales liées au bois d’oeuvre entre le Canada et les USA pourraient subsister. Le principe du «Buy American», très protectionniste, continuerait également de teinter la relation bilatérale. 

Côté environnement, ce serait une bonne nouvelle puisque les États-Unis pourraient réintégrer l’Accord de Paris sur le climat. De quoi faire baisser les tensions. 

Biden entretient par ailleurs des liens intéressants avec le Canada, comme l’explique la chercheuse Ginette Chenard: «M. Biden est venu au Canada tout de suite après les élections en 2016. Je crois qu’il voulait porter un message d’amitié entre les deux pays.» 

Notons également que sa colistière Kamala Harris a vécu à Montréal.  

Quant à l’importance stratégique du marché américain pour le Québec, elle n’est plus à démontrer, selon la spécialiste des relations entre la Belle Province et les USA. 

«Le Québec a besoin de conserver un accès au marché américain. C’est une source de prospérité. En fait, 50% du PIB du Québec dépend de nos exportations, et 70% de ces exportations s’en vont vers les États-Unis.» -Ginette Chenard

Finalement, c’est aussi toute la question de la gestion de la frontière terrestre durant la pandémie qui serait touchée, poursuit Vincent Boucher. 

En cas de victoire de Biden, et si les mesures d’hygiène pour lutter contre le coronavirus étaient déployées aux États-Unis, notre frontière commune pourrait même être partiellement rouverte. Et ce, plus rapidement que prévu. 

Quelles inquiétudes?

D’abord, selon Mme Vallet, les principales sources d’inquiétudes sont liées à la légitimité même de l’élection. Des problèmes pourraient survenir si l’on voyait des situations où les bulletins n’étaient pas dépouillés correctement. Ou encore si un nombre élevé d’entre eux étaient invalidés. 

La violence aux abords des bureaux de vote et après les élections demeure un risque. Et l’interférence étrangère pourrait également alimenter les divisions, explique-t-elle.  

Même avis du côté du chercheur Boucher. On pourrait déplorer des interventions de pays comme la Russie, l’Iran ou la Chine, qui n’hésitent pas à délégitimer le processus électoral américain. 

De nombreux contentieux entourant des bulletins de votes pourraient survenir, confirme-t-il. 

«Lors d’un deuxième mandat, Trump pourrait en outre choisir de quitter l’OTAN, ou l’Organisation mondiale du commerce. Les conséquences seraient extrêmement importantes pour les relations internationales», ajoute-t-il.  

Que se passerait-il si Trump n’acceptait pas la défaite?

On ne le sait pas. Comme l’explique Elisabeth Vallet, «c’est de la science-fiction constitutionnelle», puisque le texte ne prévoit pas d’options dans ce cas. 

«La seule chose que l’on sait, c’est que le candidat défait, s’il s’agit du président actuel, redevient un simple citoyen le 20 janvier», dit-elle.

Cela dit, ce scénario catastrophe serait pour le moins étonnant, comme l’explique Ginette Chenard.

«Trump parle beaucoup mais au-delà de cette rhétorique agressive qui discrédite l’exercice du vote américain, je ne pense pas qu’il oserait se rebeller contre la constitution et le pouvoir d’un résultat électoral.» -Ginette Chenard

Plus pessimiste, Frédéric Castel, chargé de cours et spécialiste des thèses conspirationnistes, croit que quel que soit le résultat de l’élection, le risque de voir des tensions raciales survenir est élevé. 

«Les théories du complot ont pris beaucoup d’ampleur aux États-Unis. Si Biden gagne, Trump pourrait contester l’élection et enflammer les esprits de certains groupes militarisés», dit-il. À l’inverse, si Trump gagnait, les groupes avides de justice sociale pourraient également réagir, selon lui.  

Pourquoi 2020 n’est pas 2016?

Évidemment, à cause de la pandémie. Selon Mme Vallet, c’est la COVID-19 qui fait l’élection. La chercheuse le confirme: les enjeux sont plus grands aujourd’hui qu’il y a quatre ans. 

«Les bases de l’ordre international libéral fondé sur le droit international ainsi que les mécanismes onusiens et de libre-échange censés assurer la prospérité et la sécurité collectives sont très fragilisés», déclare-t-elle. 

L’autre différence cette année est que Trump n’est plus le candidat «hors système» qu’il était en 2016, comme l’explique Julien Tourreille. 

«Cette fois, Trump est le candidat sortant, donc il doit assumer le bilan de sa présidence. Et, tout particulièrement, sa mauvaise gestion de la pandémie», a-t-il ajouté.

À en croire certaines voix, «l’âme de la démocratie américaine» serait même en jeu ce soir-là, comme le conclut pour sa part M. Boucher.

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