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Un jour de l’An amer chez les restaurateurs de la métropole

Un restaurant fermé en 2021. Les salles à manger des restaurants sont désormais fermées jusqu'au 17 janvier. Photo: Josie Desmarais/Métro

Déjà malmenés par la pénurie de main-d’œuvre et la pandémie, des restaurateurs montréalais lancent un cri d’alarme au gouvernement, consternés d’avoir fermé leurs salles à manger à 17 heures ce vendredi. Celles-ci demeureront fermées jusqu’au 17 janvier.

Au téléphone, le propriétaire des restaurants Kitchen 73 ne cache pas sa colère à la suite de l’annonce du premier ministre François Legault ce jeudi. 

Le restaurateur mettra d’ailleurs 120 employés à pied, incapable d’amortir les pertes alimentaires et les frais d’exploitation des prochains mois s’il reste ouvert.  

«Nos frigos sont pleins, s’exclame Carmine Anoia. Nos fournisseurs sont payés déjà, le cashflow du restaurateur, ça reste dans nos frigos, et en plus on a des dépenses fixes.»

Kitchen 73
Le propriétaire du restaurant Kitchen 73, Carmine Anoia

Et il n’est pas le seul à ressentir les impacts des fermetures des salles depuis cette fin d’après-midi.

Au centre-ville, le restaurant français Chez Alexandre était à pleine capacité hier. Pourtant, aujourd’hui, il n’y avait que trois clients ou quatre clients sur place.

Son propriétaire, également président de l’Association des restaurants et commerçants de la rue Peel, se dit complètement fâché alors qu’il prévoyait encore servir des clients au jour de l’An.

«C’est comme si tu donnes un beau vélo à ton fils à Noël, et une semaine plus tard, tu lui retires, car il y eut trop d’accidents, estime Alain Creton. Je me sens comme ça. On se sent tous comme ça.»

Il estime aussi que l’ensemble de son personnel est désabusé face à la situation. À cause de la pénurie de main-d’œuvre, il craint de ne pas pouvoir retenir ses employés si ces conditions perdurent. 

Selon lui, le gouvernement a manqué de transparence.  

«Ils auraient pu laisser sous-entendre: les restaurateurs, les hôteliers, ça va pour Noël, mais on n’est pas sûr pour le jour de l’An. Juste nous laisser sous-entendre! On est fâché parce qu’on n’a pas été prévenu», martèle-t-il. 

Des solutions de rechange ignorées 

L’Association Restauration Québec (ARQ) dit avoir fourni d’autres options que celle de la fermeture des restaurants au gouvernement, l’une d’entre elles étant d’avoir une seule bulle par table. Mais selon le regroupement, c’est le pire scénario qui a finalement été retenu. 

«On pensait avoir un bon mois décembre au début, plusieurs pensaient pouvoir se constituer un coussin pour passer janvier et février, puisque l’achalandage n’est pas présent dans ces mois-là», explique Martin Vézina, directeur aux affaires publiques et gouvernementales à l’ARQ.

D’après M. Vézina, la pandémie crée de plus en plus d’instabilité qui fera mal à l’industrie à long terme. Il pense que le gouvernement devrait être plus précis sur la relance en janvier. 

«Est-ce qu’on va opérer six mois par année à partir de maintenant parce qu’il y a un variant qui va réapparaître? Le message que ça envoie aux restaurateurs, c’est peut-être que je devrais aller travailler ailleurs, car je ne suis pas pour travailler six mois par année», estime-t-il. 

Une meilleure aide 

Ce n’est pas tout. D’après M. Anoia, les services de livraison à domicile sont loin d’être la panacée puisque les multinationales peuvent prendre jusqu’à 20% de la facture des restaurants.  

D’autant plus que les clients déboursent beaucoup plus en salle que sur les applications comme Uber Eats, selon lui.  

«Quand tu commandes en ligne, c’est souvent juste un plat principal, pas d’apéritif ou d’entrée, souligne-t-il. Donc la facture de livraison, c’est 14$ par personne au lieu de 25$ par personne.» 

Il ajoute qu’il faut également plus de subventions du provincial.  

L’ARQ demande elle aussi au gouvernement de fournir un meilleur programme d’aide aux restaurateurs.  

«L’actuel est encore un programme de prêts par dons à géométrie variable selon votre MRC et 20% du prêt est aux frais de l’exploitant», explique M. Vézina. 

Mais pour M. Creton, les investissements ne remplacent pas tout le cœur que les restaurateurs ont mis dans leurs entreprises.  

«C’est les gens qui investissent dans la restauration, c’est les cuisiniers, c’est les serveurs», lance ce dernier.

M. Anoia remercie quant à lui les gens qui lui ont envoyé des messages de soutien sur les réseaux sociaux.

«C’est à cause de ces gens-là qu’on est encore ici 12 mois plus tard», conclut-il. 

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