Plus tard, la fin du monde
En 2008, la débâcle boursière a commencé en septembre et la récession a suivi.
Cette année, la dégringolade a commencé un mois plus tôt, en août, mais elle paraît tout aussi raide; c’est assez pour faire jaillir les mauvais souvenirs… et toutes les appréhensions. Sommes-nous en train de retomber en crise? Ça dépend.
Aux États-Unis, la récession ne s’est jamais terminée. Techniquement, la croissance économique a repris en 2010, mais dans la vraie vie, la misère a persisté. Le marché du travail demeure anémique. On compte actuellement sept millions d’emplois de moins qu’en 2008. Le Canada, par comparaison, a refait le plein de forces, et davantage.
Par ailleurs, les marchés boursiers ont repris en 2009 et en 2010 une partie du terrain perdu, mais la rechute des derniers jours montre que la pente demeure raide. On ne peut pas parler de reprise solide ici non plus.
C’est ce qui a conduit le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, à annoncer que les taux d’intérêt américains allaient rester au plancher pour les deux prochaines années, au moins. Aux États-Unis, le climat d’insécurité est tel qu’une bonne proportion de la population et des entreprises demeure sur les lignes de côté. On souhaite donc que ces taux d’intérêt très bas relancent la consommation.
Nous allons profiter indirectement de ces mesures qui trahissent, au fond, le désarroi des autorités américaines.
La Banque du Canada devra y aller mollo avec les hausses de taux appréhendées. Il ne peut y avoir d’écart trop grand entre les taux des deux pays, sinon le dollar canadien va s’envoler, ce qui serait nuisible. En même temps, la faiblesse persistante de l’économie américaine repousse le spectre de l’inflation. Les prix ne devraient pas s’envoler comme on le craignait. On note déjà un recul des cours du pétrole et des denrées de base.
Reste la crise elle-même. Elle était bien plus méchante en 2008. GM et Chrysler étaient à l’agonie. Les institutions financières fermaient les unes après les autres. Des milliers de personnes tombaient en chômage chaque jour.
Aujourd’hui? Essentiellement, le mal vient de l’endettement des gouvernements. Le psychodrame que nous a servi la classe politique américaine tout l’été n’a pas aidé. Il suffirait pourtant d’un plan de match clair pour désamorcer la crise. Mais voilà, le dogmatisme du Tea Party a remplacé le pragmatisme habituel, et tout compromis semble impossible. Il faudra peut-être attendre les élections de novembre 2012, aux États-Unis, pour voir les nuages se dissiper…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.