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François Legault fait honte

frédéric Bérard_François Legault

CHRONIQUE – C’était à RVM, samedi midi, pour le rendez-vous radiophonique hebdomadaire avec les copains Payne et Lapointe. Le premier demande, tout de go, si la réaction à l’invective de François Legault à Pierre Arcand («Yé pas mort, lui?») était, somme toute, disproportionnée. 

Débonnaire, Lapointe admet avoir trouvé la blague assez drôle, même s’il reconnaît le côté colon de l’affaire. Pendant sa réponse, quelques images navrantes se bousculent dans ma tête. Une enfilade, en fait, des navrants moments de notre premier ministre. Celui qui, aujourd’hui, chausse les espadrilles des géants Lévesque, Bourassa, Parizeau, Bouchard et Landry. 

Me suis ainsi amusé – façon de parler – à dresser la courte nomenclature des citations ou événements gênants impliquant Legault avec, en filigrane, la question suivante: peut-on imaginer pareil comportement chez ces mêmes prédécesseurs?

  • Lors de la campagne électorale de 2014, alors que Legault est accompagné de sa conjointe, celle-ci s’aventure à dire «bonjour» aux journalistes présentes. Le candidat Legault la rabroue sitôt: «Nonon, c’pas toi qui parles.»
  • À une question pourtant simple d’Infoman: «Qui a dit que les Canadiens français étaient un peuple sans histoire?», Legault, pourtant grand lecteur autoproclamé, bafouille et refuse de répondre. À l’insistance de Jean-René Dufort, il rebafouille ceci: «Un…un… MÉCHANT.» La bonne réponse? Celle que l’on apprend en secondaire 4: Lord Durham.
  • Devant le Conseil du patronat, le premier ministre Legault affirme: «À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56 000 $, j’empire mon problème. […] C’est important qu’on se dise les vraies affaires.»
  • En entrevue avec Le Devoir, Legault déclare: «Actuellement, il y a beaucoup trop d’immigrants au Québec qui ne sont pas qualifiés ou qui ne parlent pas français. Donc, des Français, on en prendrait plus. De même que des… Européens.»   
  • Selon quelques députés de l’opposition s’étant confiés à moi, il lance à Sébastien Proulx, avant le début de la séance en Chambre: « Pis, c’tu aujourd’hui que tu nous annonces que tu démissionnes, eu’l gros?»
  • Lors de l’assermentation de son Conseil des ministres, Legault, en présentant Sonia LeBel, lui lance: «Tu t’en vas au Trésor, mon… trésor.»
  • À la défense de Maurice Duplessis à l’automne dernier, il affirme que l’on doit à ce dernier «notre Assemblée nationale». Erratum: non seulement l’Assemblée législative existe sur le fond depuis 1792, mais elle a été rebaptisée en 1968, soit après la mort de Duplessis, et sous Jean-Jacques Bertrand. 
  • Toujours dans cette velléité de réhabilitation de Duplessis, il s’autoproclame à son tour le «chef de la nation».
  • Dixit une pub de 2014: «Couillard et Lisée en faveur du tchador pour les enseignantes dans nos écoles. Seule la CAQ défend nos valeurs.»
  • Lors de la campagne de 2018, discutant de sa promesse de réduire le nombre de nouveaux arrivants au Québec, il s’avère incapable d’expliquer le b.a.-ba des règles relatives à l’obtention de la citoyenneté, confondant celle-ci et résidence permanente. Il affirme le lendemain «avoir fait ses devoirs», et avoir «lu [sur le sujet] pas mal toute la nuit» avant de se refourvoyer… 24 heures plus tard. Manifestement sur la défensive, il clame alors: «Est-ce que les Québécois s’attendent à ce que je sois un génie en herbe pour répondre à combien ça prend de temps pour avoir la citoyenneté?»
  • Afin de justifier la loi 21, il clame: «90% des gens sont d’accord avec moi sur ma page Facebook.»
  • Sur le même sujet, la perle suivante: «Pour éviter les extrêmes, il faut en donner un peu à la majorité. […] On délimite le terrain, parce qu’il y a des gens un peu racistes qui souhaiteraient qu’il n’y ait pas de signes religieux nulle part, même pas sur la place publique.»
  • Refusant le concept de racisme systémique pourtant prouvé par le rapport Viens, ceux de la Commission des droits de la personne et les aveux du SPVM et de la GRC, il pousse l’outrecuidance jusqu’à rejeter l’adoption du Principe de Joyce [Echaquan], lequel stipule essentiellement ceci: que tous les Québécois et Québécoises, incluant les Autochtones, aient accès aux mêmes soins de santé. 
  • Vantant pour une millième fois son projet de 3e lien, il affirme que ce dernier «contribuerait à la réduction des gaz à effet de serre et serait donc bénéfique pour l’environnement».

Parfaits, les prédécesseurs de François Legault? Bien sûr que non. Mais avouons, sans forcer, que l’on assiste présentement à un style de gouvernance pour le moins iconoclaste. Reste à voir le jugement, au final, réservé par l’Histoire. 

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