Politique

Duhaime, le sympa populiste

Photo: Capture d'écran, Facebook @eduhaime

CHRONIQUE – Il y a de ces gens qui, parfois par des recettes obscures ou improbables, fascinent l’agora. Pour le meilleur. Ou pour le pire. Éric Duhaime fait partie, sans contredit, de ce club sélect. 

Depuis plus d’une décennie, je connais le bougre. Parfois de connaissances communes, sinon du fait de nos chalets limitrophes. Et vous savez quoi? J’adore le gars. Sérieusement. Gentil comme tout. Zéro malice. Drôle. Sympatoche (sauf la fois où il a fait le tour du lac avec mes deux labradors sans m’en glisser mot au préalable, mais passons). 

– Pis, Duhaime, il est comment, pour vrai?

Je peine toujours à répondre. Parce que, je le répète, je l’aime bien.

– OK, mais il est brillant et il joue au con, ou il est seulement con, tu crois? 

Mon diagnostic à la Freud Caillou: probablement un brillant qui joue avec les cons, flirtant avec le mensonge et qui, ensuite, en vient à se croire.

Le contraire, donc, d’un Maxime Bernier et autres populistes-jambons, sauce Bolsonaro. De là, ainsi, le fait du degré de dangerosité du bonhomme: une intelligence alliée à un caractère sympa, facile à aimer. 

Recette parfaite à une période l’étant tout autant pour le fast-food idéologique, le populisme libertarien trônant, indubitablement, au haut du menu. Le me-myself-et-mon-nombril comme réponse, simpliste sinon stupide, à des enjeux sociaux complexes, lesquels en appellent à l’empathie, la science et la solidarité. Comme la lutte à une pandémie ou aux réchauffements climatiques. 

Profitant des cafouillis improvisateurs du gouvernement Legault, Duhaime frappe là où ça fait mal, ramenant le nombrilisme et analogies foireuses, mais marquant l’esprit, au centre de ses sorties médiatiques. S’ajoute à cela la propension au parlez de moi en bien, en mal, mais tout le temps, ce qui enclenche le phénomène de la saucisse Hygrade: grimper dans les sondages du fait de son omniprésence, et omniprésent du fait de bons sondages. 

***

Partie facile pour l’instant, donc, Éric étant devenu le principal bénéficiaire du décrochage citoyen quant aux mesures sanitaires. Mais après la sortie de crise, quelle issue pour lui et son parti? Quels programme et chevaux de bataille? Si le passé est garant du futur, voilà qui la fout mal. Parce que le chef du PCQ traîne, derrière lui, une armada assourdissante de casseroles malveillantes. 

Comme sa participation à The Rebel, «média» conspirationniste de premier plan, champion de l’islamophobie et autres frimes assumées. Mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute, dixit l’ex-collaborateur.  

Comme sa négation de l’évidence (scientifique) des changements climatiques, la planète frôlant aujourd’hui, selon l’ensemble des études sérieuses, l’irréversible point de bascule. Des «enverdeurs», plaidera-t-il. 

Comme son obsession des «pauvres», laissant même entendre en ondes que l’idée d’assujettir le droit de vote aux impôts payés, sortie tout droit de la sombre époque de l’esclavagisme américain, pouvait s’avérer «intéressante». 

Comme le fait de prétendre que l’éducation se veut un privilège et non un droit, niant dès lors les 60 belles bougies d’une nécessaire Révolution tranquille. 

Comme cette perle, pondue à la suite d’un viol commis dans une résidence étudiante: 

«Laisse tes clés dans ta voiture, laisse ta porte débarrée, fais-toi voler ta voiture pis parle à ton assureur pour voir comment qu’il va réagir, pis y’a rien à voir dans la culture du viol. Pis y va t’dire: “regarde mon homme, t’as une responsabilité. Le criminel qui t’a volé ton char va être aussi coupable, pis y va aller en dedans, pis y’avait aucune affaire à te voler ton char, mais toi, parce que t’as pas barré ta porte, il va quand même te sanctionner.”»

Comme sa déclaration : «C’est plate parce que les Noirs ont eu peu de héros. Malheureusement, j’ai l’impression que quand ils ont des héros, ça finit souvent que c’est des zéros.»  Obama? Luther King? Mandela? Aaron? Laferrière? Césaire? Combien d’autres?

En bref, t’es trop intelligent pour croire ce que t’avances, Éric. Comme t’es pas con au point de refuser de croire aux vaccins. La preuve, t’as reçu le tien. Si ce dernier est médicalement bon pour toi, quelle différence pour ton électorat (visé)? 

Le mot de la fin à Camus: la vérité, c’est comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. 

Surtout, serait-on tenté d’ajouter, lorsque formulé par un gars sympa. 

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