Investissement socialement responsable: quand convictions riment avec rendement
Les investissements socialement responsables permettent de faire d’une pierre deux coups : économiser en vue de sa retraite tout en posant un geste pour un monde meilleur. Coauteure de Comment investir dans les fonds éthiques et agente principale de développement durable à l’ONU, Chantal Line Carpentier fait le portrait de cette tendance qui gagne en popularité.
Qu’est-ce que l’investissement socialement responsable (IRS)?
Comme l’investissement traditionnel, c’est de l’investissement qui maximise les rendements pour un certain niveau de risque. On prend aussi en compte des facteurs sociaux, économiques et environnementaux.
Quels sont les avantages?
Premièrement, on investit en accord avec sa conscience. Deuxièmement, on vote avec son argent. On donne un avantage aux compagnies qui essaient d’être de bons citoyens corporatifs. Ça crée un effet d’entraînement pour ceux qui traînent de la patte dans ce domaine.
Quels sont les inconvénients?
De prime abord, beaucoup de gens disaient que les IRS réduisaient le choix de compagnies dans lesquelles on peut investir et, par conséquent, les rendements, mais on voit de plus en plus que ce n’est pas le cas. Les résultats de ces compagnies montrent qu’elles sont de bonnes gestionnaires. En outre, il y a de plus en plus de fonds mutuels responsables.
Les fonds éthiques sont-ils plus risqués que les autres?
Au contraire! Les compagnies qui font partie de ces fonds ont, typiquement, un horizon à long terme. On peut imaginer qu’elles sont moins risquées, même si on n’a pas de preuves. Et ce que l’on observe, c’est que les rendements des fonds responsables sont comparables aux autres.
Doit-on tenir compte de certaines particularités au moment de choisir un fonds?
Ce qui est bien, mais qui peut aussi compliqué, avec les fonds éthiques, c’est qu’on peut choisir selon ses convictions. Si ce qui est important pour vous, ce sont les produits biologiques, locaux, vous irez vers les compagnies de fonds qui favorisent ce secteur. Par contre, ça demande du travail. Je pense que la majorité des gens n’ont pas le temps ni l’intérêt de le faire. C’est pour cette raison qu’il est plus facile de faire affaire avec un conseiller financier.
Pourriez-vous donner un exemple concret des bienfaits de ces investissements?
En 2002, il y avait des plaintes quant au respect du droit de syndicalisation et du travail d’enfants dans les manufactures de la compagnie Gildan au Honduras. La FTQ, qui avait des investissements chez Gildan, a discuté de cette situation avec les gestionnaires de la compagnie. Elle a demandé d’auditer les manufactures en question. Gildan a refusé. Après maints efforts, la FTQ a retiré ses billes de Gildan en 2003, et la valeur des actions de Gildan est tombée. Maintenant, Gildan a élaboré une politique de respect des droits des travailleurs qui suit les normes de l’organisation internationale du travail. Sans une gestion active des gestionnaires de fonds éthiques, on n’aurait pas vu ces changements.
Est-il réaliste d’exclure certains secteurs d’activités qui s’attirent de nombreuses critiques, comme ceux des mines ou du pétrole?
Je pense que si on le fait, ça augmente nos risques. Dans les deux dernières années, si on a exclu complètement le secteur pétrolier de nos investissements, c’est certain que nos rendements ont été moins élevés que la Bourse de Toronto (TSX). De plus, le secteur de l’énergie et des mines représente 50?% de la capitalisation du TSX. Il est plus avisé de choisir les compagnies qui font des redditions de compte sur leurs émissions de gaz à effet de serre, par exemple, de les encourager et d’avoir un dialogue avec elles.