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Superhéros du réel

Photo: Peter Tangen\collaboration spéciale

Le jour, ils sont électricien, comptable, agent de sécurité ou encore enseignant. Le soir, ils patrouillent pour le Pacific Protectorate, le Xtreme Justice League ou le Rain City Superhero Movement, entre autres. De la Virginie à la Californie, en passant par Vancouver, la journaliste québécoise Nadia Fezzani raconte dans le livre Mission superhéros sa rencontre et ses patrouilles en ville – parfois dangereuses – avec des superhéros nord-américains. Entrevue.

Dans votre précédent livre, vous avez interviewé des tueurs en série. Vous pensiez aborder un sujet plus positif avec les superhéros. Pourtant, vous avez trouvé des similarités…
Beaucoup de superhéros ont vécu des traumatismes [NDLR: certains ont été témoins d’un événement tragique, d’autres ont eu des parents criminels, d’autres encore ont été victimes d’intimidation]. Certains tueurs en série ont les mêmes genres de traumatisme. Mais contrairement à ces derniers, les superhéros «surcompensent» cette haine en allant vers le bien. Leur passion est de protéger les gens afin qu’ils ne vivent pas les mêmes expériences qu’eux. C’est un besoin personnel pour se sentir mieux.

Pourquoi se sont-ils tournés vers des actions positives?
La personnalité. Deux personnes ayant le même traumatisme peuvent agir de façon opposée. Ça dépend aussi des encouragements, de l’amour qu’ils ont reçus, et de la façon dont ils ont appris à gérer leurs frustrations.

Plusieurs superhéros étaient des revendeurs de drogue. Un jour, Urban Avenger en a eu assez. Il s’est dit: «Il faut que je change de côté. Tout le mal que j’ai fait, je dois le tourner en positif. Je dois aider les gens.»

Dans l’idée qu’on se fait des superhéros, le combat contre la criminalité est central, mais dans la réalité, certains se consacrent à aider les sans-abri ou à prodiguer des premiers soins…
Selon eux, si les sans-abri ne se font pas aider, ils vont se tourner vers le crime, voler, etc. Donc, c’est aussi s’attaquer au crime, mais d’une autre façon, en le prévenant.

Les superhéros, dans la vie réelle, agissent-ils seuls?
La majorité d’entre eux patrouillent en équipe, à la façon des Guardians Angels [NDLR: une organisation internationale de bénévoles portant un béret rouge et dont la vocation est d’assurer la sécurité des citoyens]. Chaque équipe est unique en son genre et a sa propre personnalité.

Les superhéros du réel investissent beaucoup de temps et d’argent…
La première nuit où j’ai patrouillé dans Seattle avec Phoenix Jones, on a fini à 6h30. Des membres de l’équipe partaient travailler à cette heure-là! Mais ils n’ont pas les mêmes horaires; certains ne travaillent pas, d’autres sont aux études, donc il y a tout le temps des personnes disponibles.

En ce qui concerne l’argent, Jones avait déjà dû dépenser au moins 15 000$ pour toute l’équipe à l’époque où je l’ai rencontré. Rien que son costume de base avait coûté 7000$! Le costume est très important. C’est l’image qu’ils veulent renvoyer. Certains superhéros s’inspirent de costumes qu’ils ont vus dans les comics.

L’équipe de Jones est la plus avancée technologiquement (caméras, microphones, etc.).

Au-delà de l’esthétique, ils confectionnent des costumes qui les protègent…
Phoenix Jones s’est déjà fait poignarder et tirer dessus. Selon les superhéros, ça fait partie de leur travail. C’est comme un policier.

«Quand on enfile le costume, c’est incroyable, on se sent invincible. Il faut être l’individu le plus parfait possible. On est là pour protéger la population coûte que coûte. En patrouille, on aurait dit que mon ouïe était plus fine. J’étais entièrement en alerte.» – Nadia Fezzani, décrivant ses sensations en patrouille avec des superhéros

La plupart d’entre eux connaissent leurs quartiers mieux que les policiers. Death’s Head Moth raconte qu’un jour, il leur a appris un code de lumière qu’utilisaient les dealers…
Certains travaillent dans les rues undercover. Ils étudient un problème de façon très profonde. Avec son look, sans le costume, Death’s Head Moth pourrait facilement avoir la confiance d’un vrai criminel! Un superhéros va faire de la recherche 24 heures sur 24. Il va à la bibliothèque, se renseigne sur l’internet sur la criminalité dans sa ville. C’est plus sérieux que je le pensais.

Comment se passe la collaboration avec la police?
Dans la majorité des cas, les policiers tolèrent les superhéros ou sont de leur côté. Un soir, quand on patrouillait à San Diego, deux hommes se battaient. Les superhéros sont intervenus, puis les policiers sont arrivés et leur ont dit: «Hé, votre équipe a grandi!» Puis, ils leur ont demandé ce qu’il s’était passé et ont pris des notes. On voyait qu’il y avait une complicité.

Je n’ai jamais entendu parler de superhéros qui témoignent en cour, mais beaucoup d’entre eux donnent des informations dans les dépositions de la police.

À Seattle, avec Phoenix Jones, on est allés dans un poste de police. Tout le monde s’est fait prendre en photo avec lui. Dans un bureau, il y avait une photo de l’équipe de superhéros sur laquelle le directeur de police avait découpé un visage et y avait placé sa propre photo!

Mais il peut y avoir aussi des tensions. Au Michigan, un superhéros a fait une gaffe: il a sorti un revolver trop vite puis s’est bagarré avec un homme. Un coup de feu est parti en direction d’une maison mobile. Personne n’a été touché, mais le superhéros a fait de la prison. Cette équipe de superhéros, la police la déteste, c’est clair!

Y a-t-il des superhéros au Canada?
Le plus connu est Thanatos Necrium, à Vancouver. Au Canada, le taux de criminalité est plus bas. C’est beaucoup plus du bénévolat pour aider les sans-abri, accompagner une personne soûle qui rentre chez elle, etc. À Montréal, il y a LightStep et Noxx, avec qui un superhéros d’Ottawa vient patrouiller certains week-ends. À Québec, des superhéros séparent parfois des gens qui se battent, mais c’est pas comparable à ce qui se fait aux États-Unis.

Quelle est la proportion de femmes chez les superhéros?
Elles sont minoritaires. Leurs intentions sont les mêmes, sauf qu’elles n’iront pas séparer une bagarre entre deux hommes. Par contre, elles vont tout de suite appeler le 911. Aussi, c’est bien quand il y a une femme dans une patrouille. Quand il est 3h du matin et que la victime est une femme, celle-ci se sentira plus à l’aise.

Ces superhéros ont-ils une famille?
Il y a des couples de superhéros. Par ailleurs, certains comme Phoenix Jones et Ira, ont des enfants. Les deux avaient dit qu’ils arrêteraient après avoir eu un enfant. Mais ils ont continué. Après un événement qui est arrivé à son fils, Phoenix Jones s’est dit qu’il ne laisserait pas cela se répéter sur un autre enfant, donc il a continué à patrouiller. De son côté, Ira ne voulait pas que son enfant grandisse dans un monde violent. Quand j’ai patrouillé à San Francisco, c’est quelqu’un de l’équipe de superhéros qui les gardaient.

Et les parents des superhéros, dans tout ça?
Ils sont craintifs, mais ils savent que leurs enfants sont grands maintenant. Les parents de Motor Mouth achètent son équipement. La mère de Phoenix Jones est fière de lui. Les parents de Ira sont inquiets mais fiers aussi. Sa mère m’a dit: «La police n’est pas partout, elle a besoin d’aide.»

Communauté des superhéros
Dans la vie réelle, le phénomène peut être divisé en 4 catégories.

  • Les superhéros
  • Les altruistes extrêmes ou X-Altruistes. «Leurs tâches sont les mêmes, explique Nadia Fezzani. Mais ils ne veulent pas être associés à des superhéros qui ont commis des gaffes.
  • Les supervilains. Ce ne sont pas des vilains comme ceux des comics. Dans la vie réelle, c’est la «police des superhéros», précise Mme Fezzani. Ils dénoncent sur le web et font expulser de la communauté les superhéros qui se conduisent mal. Au début, les supervilains se moquaient des superhéros, puis ils se sont rendu compte que certains faisaient du bon travail.
  • Les trolls. Ce sont des personnes sur le web qui ont beaucoup de haine, des bullies. Ils vont juste là pour rabaisser les superhéros et les supervilains en propageant des informations négatives.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=LNYkIJ3SL6M]
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Éditions de L’Homme

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