Parlons salaires aux States
Oh, oh, le maire de la très huppée ville de Westmount, Peter Trent, a monté récemment aux barricades et s’est attaqué «courageusement» aux «pensions en or» des employés municipaux de la province. Il a dit, presque les larmes aux yeux: «C’est le payeur de taxes qui paie pour ces pensions en or.» (Journal de Montréal, 1er mars 2011) Émouvant de voir un preux chevalier défendre les pauvres payeurs de taxes de… Westmount! M. Trent, me donnez-vous la permission de vous poser une question? La revue américaine Business Week du 17 juillet dernier nous apprend que Vikram Pandit (Pandit, pas bandit), le PDG de la banque Citigroup, vient de recevoir un p’tit 92 M$ de rien du tout afin de retenir ses précieux services. La même banque, M. Trent, qui a englouti des milliards en spéculant sur des produits financiers toxiques et qui a reçu 100 G$ en fonds publics de Barack Obama.
M. Trent, qui paie le magot de 92 M$ à ce PDG et aux autres dirigeants d’entreprises et qui a payé l’aide gouvernementale de 100 G$ consentie à Citigroup? Je suppose que personne ne paie pour les magots des patrons… ça tombe peut-être du ciel. Si vous qualifiez de pension en or les montants versés aux employés municipaux, comment qualifiez-vous le moton de 92 M$ versé au président de Citigroup? J’attends impatiemment votre réponse, M. Trent.
Toujours dans Business Week (1er septembre 2008), il est mentionné qu’un dirigeant de l’une des 500 plus grandes compagnies américaines gagne en 3 heures ce qu’un travailleur payé au salaire minimum (et il y en a beaucoup aux States) gagne en un an. Merveilleuse répartition de la richesse. En 2010, les banquiers et les courtiers qui sont responsables de la terrible crise financière aux États-Unis qui n’en finit plus et qui ont reçu des milliards en subventions, se sont partagé la coquette somme de 135 G$ en 2010 (Le Devoir, 14 février 2011). 135 G$, non 135 M$. Ça, c’est vraiment faire preuve de solidarité avec le peuple. Récession vous dites?
Mais quelle récession au juste, comme le démontre le titre de cet article de La Presse du 7 mai 2011: «Les PDG américains gagnent plus qu’avant la récession. Les patrons ont gagné 9 M$ en moyenne en 2010.» Faire preuve de retenue c’est pas leur «fort». La récession, les patrons laissent la population s’arranger avec ça. Ils ne peuvent tout de même pas tout faire. Eux qui plaident pour l’État minimal, exigent toutefois que le gouvernement fasse payer les victimes, en l’occurrence la population, pour les pots qu’ils ont cassés. Ça relève de leur conception très particulière qu’ils ont de la responsabilité sociale de l’entreprise. Ça fait partie aussi des dommages collatéraux du capitalisme débridé comme il y en a dans les conflits armés. C’est en quelque sorte inéluctable. On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs, n’est-ce pas mes amis? Ah ben, certains me taxent de go-gauche en m’accusant de m’en prendre «gratuitement» aux pitances, qu’ils considèrent somme toute raisonnables, de nos créateurs de richesse.
Faudra, mes amis, inclure également George W. Bush lui-même dans le clan des gauchistes purs et durs: «PDG trop payés» qu’il a dit (Journal de Montréal, 1er février 2007) et en a même rajouté: «Bush reconnaît une aggravation depuis plus de 25 ans» (Le Devoir, 1er février 2007). À l’avenir, pensez-y, deux et même trois fois avant de me crier des noms pas du tout gentils. Le ministre libéral québécois, l’ex-banquier Clément Gignac, n’est pas du tout d’accord avec Bush et il lui aurait la leçon, comme il nous l’a fait: «Les Québécois [et Bush] doivent surmonter leur malaise face aux riches.» (La Presse, 16 avril 2011) Disons, un malaise de plus pour Bush. Mets-ça dans ta pipe Bush.
Comme je suis très original, une autre de mes nombreuses qualités, je dirais même de mes trop nombreuses qualités, ma prochaine chronique ou la suivante s’intitulera: «Parlons salaires au Canada». Je vais vous faire une confidence: à la longue, ça devient très lourd à porter, jour après jour, d’avoir tant de qualités qui, pour certains, sont plutôt de très gros défauts.
Trêve de plaisanterie. Terminerons cette chronique avec cet article du Devoir du 1er septembre 2011: «Etats-Unis: Généreuses avec leur PDG., chiches avec le fisc… 25 grandes entreprises paient mieux leur patron qu’elles ne versent d’impôt.» Faut surtout pas s’énerver le poil des jambes. Ça pourrait être bien pire qu’aux States, comme au Québec où très exactement 156 677 entreprises, soit 49 % des compagnies faisant affaires au Québec, n’ont payé aucun impôt sur le revenu en 2007 (dernière année disponible) sur des profits nets de plusieurs milliards de dollars mais n’ont toutefois point manqué de verser des millions en salaires à leurs dirigeants et des milliards en dividendes à leurs actionnaires. Dans la vie, faut savoir bien cibler ses priorités. C’est un «must».
Et pour les firmes qui ont payé des impôts sur le revenu au Québec (environ 3,5 G$ l’an), si on déduit les 6 G$ de subventions qu’elles ont reçus et provenant directement des poches des Québécois, on arrive à un solde négatif pour l’ensemble des entreprises opérant dans la province (Selon l’Institut Fraser, le Québec, royaume des subventions – La Presse, 28 novembre 2009). Une question juste pour vous avant de m’en aller qui découle du titre de cet article du Devoir du 27 avril dernier: «Gaz et pétrole: L’exploration rapporte moins d’un million au Québec?» Question: Et, combien ces gazières et pétrolières ont reçu en subventions gouvernementales et combien ont-elles versées à leurs patrons? Parlant justement de vaches sacrées et dorées…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.