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Citoyens, à vos forêts!

Fermetures d’usines par centaines, 30 000 emplois perdus, plus de 200 municipalités en difficulté partout à travers la province…  En apparence, la crise forestière que traverse le Québec depuis le début des années 2000 semble être un problème strictement économique. Or, pendant que l’industrie se serre la ceinture en attendant une reprise des marchés, plusieurs intervenants croient maintenant que la solution à la crise passe par l’implication des acteurs locaux.

Selon le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, la finalité de l’activité forestière doit être revue de fond en comble si l’industrie espère sortir du marasme. «D’année en année, on dit que la prochaine sera la bonne, mais ça n’arrive jamais, regrette-t-il. L’espace forestier doit être remis entre les mains des populations concernées afin qu’elles puissent continuer d’en vivre.»

En clair, cela se traduit selon M. Généreux par la mise en valeur d’une multitude d’activités plus ou moins laissées de côté dans l’exploitation traditionnelle de la forêt, activités allant de l’aménagement touristique jusqu’à la collecte des fruits et des champignons.

Il plaide également en faveur de l’émergence d’initiatives citoyennes de revitalisation des parterres forestiers ainsi que de l’exploitation de «forêts de proximité». En effet, dans une industrie où l’on parcourt des distances de plus en plus grandes pour procéder aux coupes, il importe maintenant de ramener les activités de transformation du bois aussi près que possible des lieux de cueillette.

Au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), le porte-parole André Tremblay soutient que tout n’est pas noir. Durement frappée par le déclin du marché immobilier américain ainsi que par la crise des médias imprimés, l’industrie forestière cherche à revoir ses façons de faire. «De nombreux pays émergents en Asie et au Moyen-Orient connaissent une augmentation de la demande de papier, alors que, dans le domaine des pâtes, la fibre résineuse du Québec est de plus en plus recherchée, notamment dans la confection de vêtements.»

M. Tremblay concède néanmoins que, aussi intéressantes soient-elles, ces nouvelles perspectives ne servent qu’à amoindrir le choc de la crise, et non à régler celle-ci. C’est qu’une partie du problème se situe sur le plan des mentalités liées au travail de la forêt.

Professeur de sociologie à l’Université du Québec en Outaouais, Jacques Boucher perçoit dans les difficultés économiques actuelles ni plus ni moins qu’une crise sociale. «Pendant près de deux siècles, l’utilisation des ressources a échappé aux populations locales, essentiellement vues comme des fournisseurs de main-d’œuvre. Pour l’État québécois et l’industrie forestière, l’implication des citoyens se résumait au bûchage et au transport», explique-t-il.

Selon M. Boucher, l’idée selon laquelle les ressources naturelles ne constituent qu’une source d’emplois mène tout droit vers un cul-de-sac et doit céder la place à un autre modèle. «L’inclusion des acteurs locaux dans l’exploitation des ressources doit aujourd’hui être synonyme d’expertise, de développement de nouveaux métiers et de formation de la relève.»

Certains progrès en ce sens s’annoncent déjà pour 2013. C’est à ce moment qu’entrera en vigueur le nouveau régime forestier élaboré par le gouvernement québécois. Entre autres mesures, Québec a choisi de reprendre le contrôle de la planification forestière, autrefois assurée par les gens de l’industrie. Bien que l’initiative soit saluée par une majorité d’intervenants, le président de la FQM estime que le nouveau régime n’aura de sens que s’il «inclut des gens de tous les milieux à la table des décisions».

Tendre la main aux citoyens et aux acteurs locaux nécessite malgré tout un financement majeur et, depuis quelques années, les investisseurs se font rares. Au CIFQ, tout en admettant que «le bas de laine sera bientôt vide» pour plusieurs entreprises, André Tremblay indique que le gouvernement devrait investir seulement quand les marchés auront retrouvé de l’aplomb. La FQM, elle, en appelle à un engagement immédiat.

«La grande entreprise a été très paresseuse pendant des décennies, déplore M. Généreux. Il est temps que la forêt redevienne une grande donneuse d’ouvrage au Québec.»

Régime salutaire?

Le nouveau régime forestier proposé par le gouvernement du Québec entrera en vigueur en 2013. Il prévoit principalement deux nouvelles mesures pour stimuler l’exploitation forestière.

  • 25 % de la production sera désormais soumise à l’encan, créant un marché plus ouvert à la compétition.
  • La planification forestière, autrefois assurée par l’industrie, passera dans les mains du gouvernement.
  • Alors que le CIFQ appréhende une perte de revenus liée à l’apparition d’un marché plus libre, les communautés locales doutent que le gouvernement ait élaboré une stratégie claire pour les intégrer aux prises de décision.

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