Sport professionnel et socialisme
Pour les chantres invétérés du capitalisme, le socialisme a tous les défauts, tels que brimer la liberté individuelle, avoir un immense gouvernement central omniprésent et omnipotent, interdire la concurrence et le libre marché, empêcher les lois naturelles de l’économie capitaliste d’éliminer les plus faibles, encourager la syndicalisation à 100 % de tous les travailleurs, instaurer des programmes sociaux coûteux comme les pensions de retraite, le dédommagement des accidentés du travail et le salaire minimum, limiter la souplesse et la flexibilité des agents économiques par de nombreux règlements et lois, contrôler les prix et les salaires, instaurer un système légal de répartition de la richesse et limiter la création de richesse et l’emploi.
Toutes ces monstruosités mènent à l’enfer économique et social, selon les ténors de l’économie de marché, y compris la pauvreté, la dictature, la décroissance, l’exode des cerveaux, le nivellement vers le bas et l’absence totale de liberté et de droits fondamentaux.
Si tout ça est vrai, les légionnaires du capitalisme à tous crins pourraient-ils m’expliquer pourquoi les ligues de sports professionnels, comme le baseball, le football, le hockey et le basketball, composées de capitalistes millionnaires et milliardaires, s’autoréglementent-elles elles-mêmes librement, sans être tenues de le faire par l’État et par quiconque et se dotent-elles d’un gouvernement central fort très interventionniste? Sont-elles devenues folles?
Imaginez, les sports professionnels forcent les grosses équipes à partager leurs immenses revenus avec les équipes les plus pauvres et fixent même des plafonds salariaux. Bien plus, ils réglementent le repêchage des joueurs juniors et collégiaux afin d’empêcher les équipes les plus riches d’embaucher à gros prix tous les jeunes athlètes les plus talentueux, pour plutôt permettre aux plus démunies de repêcher ces futures vedettes les premières.
On va jusqu’à brimer non seulement la liberté des équipes les plus nanties, mais aussi des jeunes joueurs collégiaux et juniors qui ne peuvent offrir librement leurs services à l’équipe de leur choix pour un bien meilleur salaire. C’est carrément une atteinte à la liberté individuelle si chère aux croisés capitalistes.
Le gouvernement central fort va jusqu’à plafonner le salaire des jeunes juniors repêchés, imposer un salaire minimum à tous les travailleurs, fixer un plafond salarial total à toutes les équipes et imposer de fortes taxes redistributives à celles qui le dépassent, comme le paie chaque année au baseball les Yankees de New York et les Red Sox de Boston. Incroyable, de leur propre chef, les équipes nanties aux gros marchés ont accepté volontairement de redistribuer leur richesse aux équipes plus pauvres comme Kansas City, Pittsburgh, Tampa Bay et Cleveland au baseball.
Au football américain, sans cette redistribution de la richesse, des équipes comme la Nouvelle-Orléans (312 000 habitants), gagnante du dernier Superbowl, et Green Bay (102 000 habitants), disparaîtraient, étant écrasées par les plus forts financièrement. La même chose se produirait au hockey et exit pour Nashville, Tampa Bay, Atlanta et Phoenix.
De plus, ces ligues sportives professionnelles sont dotées de puissants syndicats de joueurs et d’arbitres obligatoires pour tous et donc syndiqués à 100 %. C’est l’application de la formule Rand tant décriée par les ténors de la droite. Les joueurs blessés sont indemnisés et les retraités ont droit à une pension. La ligue centrale a aussi élaboré des lois qui limitent la liberté d’action des jeunes joueurs dont le contrat est pourtant échu, mais qui n’ont pas atteint un certain nombre d’années d’ancienneté, et par après et pour un certain temps, les autres équipes peuvent les embaucher mais à la condition de verser de fortes compensations composées de premiers choix au repêchage aux équipes ainsi délestées. Le simple fait de signer des contrats limite la liberté des joueurs et des propriétaires et sont à proscrire selon les pèlerins capitalistes.
Cette micro-société démontre bien que pour le mieux-être de l’ensemble, le socialisme est supérieur au capitalisme avec sa loi du plus fort et son individualisme. L’instauration de mesures socialistes comme un État digne de ce nom qui promulgue des lois et règlements pour le bien de tous, qui redistribue équitablement la richesse, qui met en place des programmes sociaux comme le salaire minimum et les pensions de retraite, qui autorise et favorise la syndicalisation de tous les travailleurs, qui perçoit des impôts et qui taxe davantage les plus riches est préférable pour la majorité à l’État-néant, au laissez-faire, aux lois supposément «naturelles» du marché libre dénué de toute entrave et de tout irritant.
Sans la présence de cette structure législative économique et sociale dans les sports professionnels, les équipes les moins riches disparaîtraient au détriment des équipes les plus puissantes économiquement. Si les grosses équipes acceptent toutes ces limites à leur liberté d’action et sont d’accord pour payer plus d’impôts et de taxes afin d’aider les petits marchés, ce n’est pas par désintéressement et par altruisme. C’est seulement parce qu’elles y voient un net avantage sur le plan de l’enrichissement individuel et collectif à moyen et à long termes.
En fait, la croissance économique, la création de la richesse et la création d’emplois passent par le socialisme et non par le capitalisme quoiqu’en disent les opportunistes et les profiteurs. De même, le socialisme amène plus de liberté individuelle, et non le contraire ; que le capitalisme qui, dans les faits, restreint cette dite liberté à ceux qui ont les moyens financiers de se la payer comme des soins de santé et des écoles privées, des logements et des maisons de campagne cossues, des villes huppées, privées et fortifiées, des politiciens et un système de justice asservi, des médias qu’ils exploitent et qu’ils détiennent, des paradis fiscaux qui leurs sont réservés, des parachutes dorés pour les boss, des gros portefeuilles d’actions dans des transnationales, etc.
Le socialisme ne prône pas l’égalitarisme bête, c’est-à-dire le même salaire et la même richesse pour tout le monde, mais un système qui permet l’égalité des chances et un accès universel aux services et aux biens sociaux premiers. Faut pas confondre égalitarisme avec égalité des chances.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.