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La santé publique et le vrai visage du modèle québécois

Dans un récent texte publié ici, j’ai déboulonné, basé sur des faits et non des prétentions, une partie de notre supposé modèle québécois qui, en réalité, comporte plus de vaches sacrées consenties aux privilégiés et aux compagnies qu’au monde ordinaire. Même si la santé publique est la priorité des Québécois, ce n’est malheureusement pas celle des élus et des «gras-durs». Eux priorisent «leur» santé privée, financée massivement par des fonds publics, ce qui fait que c’est au Québec qu’il y a le plus de cliniques privées au Canada. Pour vous embobiner, ils vous disent que ça désengorge le système public au profit des gens. Totalement faux encore une fois puisque c’est au Québec qu’on attend le plus pour voir un médecin. Puis, depuis toujours, c’est au Québec que les dépenses en santé sont les plus faibles.

En partie vrai seulement, puisque c’est le Québec qui subventionne le plus les grosses pharmaceutiques et c’est au Québec qu’on paie le plus cher tant pour les médicaments génériques que d’origine. Une fois les pharmaceutiques servies (qui ferment quand même leurs usines du Québec) ainsi que les médecins, il reste des miettes pour les Québécois ordinaires et on aboutit à un système de santé publique qui tue. Merveilleux modèle québécois!

Charest est «courageux» et vite à «solidariser» de force le monde ordinaire en haussant les tarifs des services publics et la TVQ qui est la plus élevée, pas seulement au Canada mais en Amérique du Nord. Il est plus réservé, une discrétion qui s’assimile à de la complicité, avec les gros en santé défendus qu’ils sont par des ex-députés et ministres libéraux comme Philippe Couillard et Russell Williams, entre autres.

Les affairistes n’ont de cesse de colporter qu’il faut s’adapter à nos principaux concurrents et surtout à l’Ontario. Foutaise. Prenons juste le cas des frais illégaux en santé pratiqués par les cliniques privées des privilégiés où il n’y a aucune attente : «L’Ontario avance, le Québec tergiverse» (Le Devoir, 29 juin 2011). Charest est plus prompt à dégainer son fiel sur la classe moyenne. Pas touche à la santé privée des amis si ce n’est que pour leur allonger plus de fonds. Ensuite, «l’Ontario recrute six fois plus de médecins étrangers que le Québec» (Journal de Montréal, 30 mars 2007). En fait, c’est 1 200 en 2006 pour l’Ontario et environ 50 au Québec (La Presse, 31 mars 2007).

Et l’ex-ministre libéral de la santé, Philippe Couillard, celui qui se cherchait une job dans la santé privée alors qu’il était encore ministre et qui l’a obtenue à plus de 1 M$ l’an, qui se disait alors «impuissant» face à ce phénomène. Des libéraux qui s’écrasent face aux syndicats des médecins et de chambres de commerce mais qui vargent sur les syndicats des employés ordinaires qu’ils accusent de mener le Québec. De vrais mercenaires! Puis, Charest a instauré un impôt-santé additionnel fixe de 200 $ l’an peu importe votre revenu alors que l’Ontario en a implanté un progressif dont le montant à payer est fonction de votre revenu annuel. Même Charest reconnaît que «la contribution santé est inéquitable» (Le Devoir, 19 avril 2010).

Et l’Ontario qui légifère afin de baisser de moitié le prix des médicaments génériques ce qui lui permettra d’économiser 400 M$ par année. «L’Ontario joue les précurseurs. Des économies de 300 M$ sont envisagées au Québec» (La Presse, 9 avril 2010). Et le premier ministre de l’Ontario qui reste de glace face aux pressions des pharmaceutiques génériques et des pharmacies («Ontario : Pressions des pharmacies. Le premier ministre indifférent» Le Journal de Montréal, 14 avril 2010). Mais pas Charest qui cède au chantage et aux menaces des profiteurs : «Les fabricants de génériques brandissent les menaces» (La Presse, 30 juin 2010), «L’exemple ontarien inquiète le Groupe Jean Coutu» (Le Devoir, 29 avril 2010) et «Les pharmacies propriétaires menacent de réduire leurs services» (Le Devoir, 9 novembre 2010).

Comme toujours, Charest plie encore devant ses amis les monarques ce qui fait que : «Médicaments génériques : Québec épargnera 164 M$» (La Presse, 26 juin 2010)… au lieu de 300 M$ s’il avait appliqué exactement les mêmes mesures qu’en Ontario. Tant de courage m’émeut aux larmes. Comme signalé dans La Presse du 6 novembre 2010 : «Après un mois de bras de fer avec les sociétés pharmaceutiques, le gouvernement Charest a cédé et est revenu sur son engagement de ramener le prix des médicaments génériques à 25 % du prix des médicaments brevetés.» Souple avec les grosses poches et intransigeant avec les petites poches du monde ordinaire. Pas grave, Charest va se reprendre ailleurs comme dans : «Moins d’argent pour les écoles défavorisées» (La Presse, 30 juin 2011).  

Attendez, c’est pas fini, puisque c’est le Québec qui a les meilleures subventions en Amérique du Nord pour les pharmaceutiques (La Presse, 18 janvier 2007) et qui a, pour les médicaments d’origine, la facture la plus élevée au pays due à une protection plus longue des brevets (15 ans). Encore des centaines de millions de plus consentis par Québec aux transnationales milliardaires chaque année au lieu d’injecter ces sommes dans les urgences et dans les traitements chirurgicaux.

Quant à l’odieux privilège accordé aux pharmaceutiques relatif à la protection des brevets, «Québec est en réflexion» (La Presse, 17 juillet 2010). Décodé, ça veut dire qu’après réflexion et à la suite des doléances répétées des lobbyistes, Charest va plutôt bonifier les cadeaux aux géants pharmaceutiques. Par respect, pour le monde, ce que je doute, présentez-nous donc la prochaine fois la face cachée du modèle québécois.  

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