Montréal
04:00 23 mars 2018 | mise à jour le: 23 mars 2018 à 17:23 temps de lecture: 6 minutes

Dans quel arrondissement montréalais va-t-on le plus à la bibliothèque?

Dans quel arrondissement montréalais va-t-on le plus à la bibliothèque?
Photo: Josie Desmarais/Métro

C’est dans le Sud-Ouest et dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG) que les bibliothèques municipales sont le plus populaires, révèlent les données de la Ville de Montréal.

En moyenne, à Montréal, chaque résidant a visité une bibliothèque municipale 4,93 fois l’année dernière, mais dans les arrondissements du Sud-Ouest et de CDN-NDG, ce nombre est beaucoup plus élevé, atteignant respectivement 8,71 et 7,96 visites par habitant.

«Il y a plusieurs facteurs qui expliquent la disparité dans la fréquentation d’un secteur à l’autre. Premièrement, il y a encore des endroits sur le territoire qui sont mal desservis», constate le chef de division de la planification et du développement du réseau des bibliothèques, Luc Jodoin.

«L’arrondissement de Côte-des-Neiges a quatre bibliothèques, alors que dans Rosemont–La Petite-Patrie, il y en a trois, mais aucune dans l’est», illustre-t-il. Cet écart se traduit par 2 000 heures de moins de service par an et explique en partie le fait que, dans Rosemont–La Petite-Patrie – un arrondissement presque aussi populeux que CDN-NDG –, il y a eu en 2017 pratiquement la moitié moins de visites (719 000) dans les bibliothèques que dans celles de CDN-NDG (1 325 000). Dans ces deux arrondissements, le pourcentage de membres est le même, soit 23% de la population.

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«Dans un milieu urbain, il y a un concept de marchabilité. On calcule 1,5 km à partir de la bibliothèque pour l’aire de desserte», explique la professeure à l’École de bibliothéconomie et de science de l’information (EBSI) de l’Université de Montréal Marie Martel. Au-delà de cette distance, les gens fréquentent beaucoup moins la bibliothèque.

L’arrondissement du Sud-Ouest est d’ailleurs un des mieux servis à Montréal en rapport avec sa population et son territoire. «Dans le Sud-Ouest, il y a pas mal d’obstacles – comme le chemin de fer – qui font que les gens ne peuvent pas se déplacer facilement, même s’ils ne sont pas si loin, analyse Mme Martel. Il faut en tenir compte.»

D’autant plus que, selon elle, les bibliothèques servent aujourd’hui davantage à du «développement communautaire» qu’au «développement des collections de livres». «C’est particulièrement vrai dans les milieux défavorisés, où le niveau de scolarité n’est peut-être pas aussi bon qu’ailleurs», souligne la professeure.

Selon Luc Jodoin, les «facteurs socio-économiques» jouent un rôle important dans la fréquentation des bibliothèques, qui offrent des activités gratuites. S’il n’y a pas de lien direct entre le revenu moyen dans un arrondissement et les statistiques de fréquentation des bibliothèques, en scrutant les données, il est possible de constater que dans plusieurs arrondissements où les revenus des ménages sont modestes, les bibliothèques sont très fréquentées, notamment dans CDN-NDG, le Sud-Ouest, mais aussi à Montréal-Nord (6,63 visites par résidant).

Le cas Benny
C’est d’ailleurs par l’apparition d’une bibliothèque axée sur le développement communautaire, Benny, que Luc Jodoin explique le «boom de visites dans les dernières années dans l’arrondissement CDN-NDG.» «C’est le type de bibliothèque qu’on est en train de développer, dit-il. On veut que ce ne soit pas juste un comptoir de prêt, mais un lieu où les gens vont participer à des activités.»

La bibliothèque Benny a été la plus fréquentée à Montréal en 2017. Située dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, elle compte notamment depuis 2016 sur un FabLab, un espace de création multimédia où on peut coder des jeux vidéo ou fabriquer des objets avec des imprimantes 3D.

«L’an dernier, nous avons eu 5200 personnes, mais avant mai, nous étions ouverts seulement deux jours par semaine, rapporte le bibliothécaire-coordonnateur des activités du FabLab, Marc Lemaire. On a des jeunes qui ont pris résidence ici pendant l’été.» Cela représente donc beaucoup de visites pour la bibliothèque.

Et le petit laboratoire de quelques mètres carrés pourrait déjà être trop petit pour permettre d’accueillir toutes les personnes intéressées, qui viennent de loin en ville et qui vont de 5 ans à l’âge de la retraite. «Pendant toute la semaine de relâche, ça n’a pas dérougi, relate M. Lemaire. La capacité, c’est notre principal problème.» Depuis le début de février, un nouveau FabLab est d’ailleurs ouvert à l’autre bout de l’arrondissement, à la bibliothèque Interculturelle de Côte-des-Neiges.

Si Benny est la bibliothèque la plus fréquentée, elle se classe cinquième pour ce qui est des emprunts. «Partout dans le monde, des bibliothèques sont de plus en plus fréquentées, mais les emprunts vont stagner. Le problème, c’est que, pour le financement, on tient davantage compte de l’emprunt que de la fréquentation», déplore Marie Martel.

Elle relate avoir vu un garçon de 11 ans passer la journée au FabLab de Benny alors qu’elle y était en visite. «À la fin de la journée, il montrait à un autre petit garçon comment utiliser le logiciel [de création de jeu vidéo] Scratch et disait à l’animateur s’être fait un ami, raconte-t-elle. Quand on compte les emprunts, on passe à côté de beaucoup de choses dont on n’évalue pas l’impact.»

Et les emprunts diffèrent beaucoup de la fréquentation, notamment en raison de la «barrière de la langue pour les emprunts» dans certains quartiers plus multiculturels, estime Luc Jodoin.

En moyenne, chaque résidant de Rosemont–La Petite-Patrie a emprunté 7,7 documents en 2017, alors que dans CDN-NDG, c’est 6,59 documents par résidant. Les habitants de Saint-Laurent sont les champions de l’emprunt, avec 8,15 documents par habitant.

 

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