Art de vivre
16:48 17 octobre 2012 | mise à jour le: 18 octobre 2012 à 13:34 temps de lecture: 3 minutes

Panne d’ambition sur l’échangeur Turcot

Panne d’ambition sur l’échangeur Turcot
Photo: Collaboration spéciale HNTB

Le Parti québécois (PQ) annonçait récemment vouloir apporter certaines modifications au futur échangeur Turcot afin d’obtenir «un projet digne du XXIe siècle».

Je ne sais pas ce que le PQ a en tête, mais à moins d’une refonte majeure du projet retenu par l’ex-gouvernement libéral, nous resterons à des kilomètres d’un concept réellement durable pour Montréal.

Non seulement un projet digne du XXIe siècle prioriserait davantage le transport actif et collectif, mais il suggérerait également de réduire significativement la capacité de l’échangeur. Sans oublier qu’un concept novateur ne proposerait certainement pas de conserver la cicatrice urbaine qui sépare actuellement les quartiers limitrophes.

Avec un peu d’ambition, un Turcot du XXIe siècle encouragerait une véritable renaissance du quartier en réunifiant le secteur, tout en créant un nouvel attrait touristique d’envergure.

Prenons l’exemple de Los Angeles, ville réputée pour sa culture automobile, qui a lancé cette année un concours de design pour remplacer un long viaduc surélevé datant de 1932. Trois propositions provenant de firmes de design urbain et d’ingénierie sont actuellement retenues pour ce projet de 400 M$.

Une d’entre elles, faite par la firme HNTB, préconise non seulement un viaduc au design audacieux, mais également une intégration remarquable du projet dans son environnement immédiat. Les designers ne se sont pas simplement contentés d’insérer quelques parcelles de verdure ici et là pour embellir superficiellement leur concept.

Ils offrent carrément un nouveau milieu de vie aux résidants du secteur. Des terrains de basket-ball y verraient le jour, entourés de grands jardins communautaires, de longues pistes cyclables et d’aires de jeu pour les planches à roulettes. Les familles posséderaient un nouvel espace pour aller pique-niquer; les cinéphiles se réuniraient pour des projections en plein air. En d’autres mots, les automobilistes deviendraient des entités secondaires dans cette nouvelle mouture du quartier.

Et que dire de l’élégance de ce viaduc? Voilà la preuve qu’en 2012 une telle infrastructure routière n’a plus à se résumer à une banale travée de bitume accompagnée de murets de béton. Avec une proposition aussi novatrice que celle avancée pour ce viaduc de Los Angeles, les 400 M$ investis ne se transformeront pas en une pure dépense de fonds publics, mais plutôt en un investissement pour les générations futures.

En tant que touriste, je marcherais des kilomètres pour obtenir quelques photos de ce concept sublime. Je serais drôlement surpris d’en faire autant pour notre futur échangeur Turcot. Il serait grand temps de faire évoluer cette vision réductrice de l’ingénierie routière québécoise.